« Dis Hercule : comment on fait les bébés ?

– Dis-donc , tu n’as pas encore de poil au menton, toi, et tu demandes déjà ça ? Mais allez, je te raconte. Il faut un mâle et une femelle. Ou plutôt un mâle pour plusieurs femelles. Moi-même, j’ai une trentaine de fiancées. Les femelles ont le même âge et le même gabarit que moi. Jedi a les femelles âgées de 2 à 3 ans. Toi, Maurice, tu auras les chevrettes. Tout est une question d’odeur ! Le mystère de l’after-chèvre ! Le bouc dégage une odeur enivrante pour ces dames et parade en les stimulant avec des mamours. Parfois avec Jedi, on se bat très violemment, on se bat tellement que la patronne est obligée de nous séparer. Durant les amours, nous avons besoin de force et d’énergie : du foin, des céréales et des minéraux. Nous avons un harem et ne pouvons pas en changer, pour des questions de consanguinité. Parfois un bouc part dans un autre élevage pour saillir et un copain vient le remplacer. Lorsque la descendance est assurée par les mâles, on parle de monte naturelle. On parle de monte en main lorsque c’est l’éleveur qui nous présente les femelles qui sont en chaleur.

Il existe une autre façon de faire des bébés : l’insémination.

– Pourquoi avoir recours à un inséminateur ?

– Il n’est parfois pas possible de garder en permanence un mâle, surtout en élevage bovin. Un taureau peut peser 700 kg et plus encore. Contrairement aux idées reçues, l’insémination ne fait pas mal : d’ailleurs, avec une vache de plusieurs centaines de kilos, il vaut mieux être doux ! Ceci dit… entre-nous… lorsque nous paradons… nous oublions parfois d’être galants. Et puis, lors de l’insémination, certaines bêtes continuent de ruminer, et une bête qui rumine est une bête détendue !

– Et après ?

– Il faut compter cinq mois pour la gestation d’une chèvre ou d’une brebis. Trois mois, trois semaines et trois jours pour une truie, environ 280 jours pour une vache – ça varie selon les races. Lorsqu’une mise bas approche, l’éleveur, par son observation de la mère, sait si le moment est proche. Et la figure mère sait faire comprendre à son éleveur que ça y est. Parfois mes femelles, celles qui sont expérimentées, sont rassurées lorsque la patronne est là. Parfois, même, elles l’appellent et l’attendent. Avec les femelles qui mettent bas pour la première fois, il faut plus d’attention : les aider, leur parler et les caresser. L’important est de surveiller le bon déroulement du travail et que le ou les petits se présentent museau et pattes en avant. Sinon, l’éleveur doit intervenir pour replacer le petit. Si le travail s’arrête, dure trop longtemps, que la mère s’épuise, que le petit est trop gros, l’éleveur fera appel au vétérinaire. La patronne a dû faire pratiquer des césariennes sur deux femelles en cinq ans et, au jour d’aujourd’hui, ces chèvres se portent à merveille ! Et il n’y a pas eu de soucis les années suivantes. Lorsque les femelles sont gestantes, elles ont besoin de repos et d’une bonne alimentation. Pour les chèvres laitières, elles arrêtent de faire du lait trois mois avant le terme, afin de constituer des réserves pour le petit et la future lactation. Une chèvre bien nourrie, et qui a un éleveur attentif, peut vieillir sans soucis.

Allez petit ! On verra les travaux pratiques à la fin de l’été ! Et je te préviens : aiguise tes cornes et gare aux coups bas ! Parce qu’en amour, y a pas d’amitié qui tienne ! »