C’est la réaction première des riverains urbains à l’annonce de l’implantation d’un élevage à proximité. Oh, pas collé à la piscine ni au bout du jardin à la française, bien sûr ! Il existe des normes sanitaires à respecter. Ainsi, un élevage ne peut pas s’implanter à moins de 2oo mètres des habitations.

« Mais rendez-vous compte ! Les nuisances ! Les mouches ! Les déjections ! »

Bouses, boulettes, crottins provoquent la répulsion, alors qu’il faut y voir de l’or en barre… euh… en paquet.

Comment ça ?

Il est une loi immuable, celle de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Ce qui entre doit bien ressortir.
Tout ?

Non. Une certaine quantité des aliments ingérés par les ruminants va servir pour ses besoins physiologiques (croissance, pour se mouvoir, respirer, se reproduire, faire du lait, et pour les chèvres… faire des bêtises !). L’autre partie sera déféquée. Et plus l’animal est gros, plus le cadeau est gros. Une crotte de lapin laisse moins sous la chaussure qu’une bouse de vache.

Mes 60 biquettes produisent sur une année l’équivalent de 10 tonnes de boulettes. Qui, ajoutées aux 5 tonnes de paille, font 15 tonnes de fumier.

Mes donzelles arpentant les parcours, une bonne partie des boulettes roulent sur les sentiers, semant graines en tout genre. D’ailleurs, c’est bien pratique, car lorsqu’elles décident de jouer les filles de l’air et d’aller voir si la végétation est plus verte de l’autre côté de la clôture, je les retrouve en suivant les billes fraîches qu’elles ont semées comme le petit Poucet.

Mais lorsqu’elles sont dans la chèvrerie ? Eh bien ! elles se soulagent sur l’aire paillée…
ou sur le quai de traite…
ou sur le contrôleur laitier.

Bref, il faut sortir le fumier.

Certains éleveurs ont un tracteur ou une pelleteuse, et sortent le fumier une à deux fois par an. Nous, c’est pelle et brouette, parce que nous n’avons pas de GODZILLA. Et, pour avoir défumé en fin de saison lorsque nous venions de nous installer et y avoir laissé une pioche, le dos et ma jeunesse, nous avons décidé de sortir le fumier de façon quotidienne.

Pendant qu’elles prennent leur petit-déjeuner, zou ! un coup de balai de cantonnier et 5 brouettes et un paillage plus tard, les voilà au propre !

L’avantage de cette méthode, c’est que, premièrement, la corvée dure une demi-heure, mais ne constitue pas un chantier d’une journée. Deuxièmement, il y a moins de mouches, car elles n’ont plus de nid chaud et humide pour pondre ! Et qui dit moins de mouches, dit plus de confort pour les bêtes, pour l’éleveur… et pour les riverains !

Bon… le zéro mouche… ne rêvons pas ! Mais nous pouvons sortir le casse-dalle de 10 heures sans être importunés.

Et le tas de fumier ? Mis à part le fait que les poules se font une joie de le gratter, il fait le bonheur des maraîchers et arboriculteurs voisins… quand il nous en reste ! Car nous en utilisons une grande partie pour nos propres parcours.

En effet à force d’huile de coude et de fumier, quelques débroussailleuses cassées plus tard, là où il n’y avait que bruyère envahissante, fleurissent fleurs et poussent les graminées !
Toute ces nouvelles espèces attirent insectes et papillons, qui attirent oiseaux et rongeurs et reptiles, qui attirent rapaces, renards et blaireaux.

Alors, oui, la merde de ruminants est vecteur de biodiversité. Et à chaque fois que je pousse ma brouette fumante, je pense aux fleurs qui fleuriront après les pluies du printemps.