DE L’INFOX DANS LE POULAILLER

Hugo Clément est journaliste. À ce titre, il est supposé informer le public. Mais ses pseudo-reportages malveillants et militants n’informent pas : ils désinforment.

Ainsi, son dernier exploit : sur Twitter, il se vante d’avoir passé la nuit dans un poulailler en Bretagne.

Il est donc entré par effraction dans une propriété privée. Déjà, en soi, ça n’est pas terrible. Là où ça devient grave, c’est qu’en bon urbain qui ne connaît rien à rien en croyant tout savoir, il y est entré sans le moindre respect des mesures de prophylaxie obligatoires dans ce type d’élevages.

J’ai bossé dans un élevage tout à fait équivalent à celui-là, je n’invente donc rien quant à ces mesures. On n’entre jamais là-dedans avec ses chaussures. Jamais. Les poulets sont extrêmement sensibles, entre autres, aux salmonelles. Quand on entre, on change de godasses, ou au moins on les désinfecte et on met des sur-chaussures neuves. Parce que nos semelles sont forcément toujours dégueulasses. On se désinfecte les mains. On enfile une combinaison ou une cotte qui ne quitte jamais l’élevage. On met une charlotte sur nos cheveux. Autrement dit : on met tout en œuvre pour préserver la santé des animaux. Une intrusion de ce genre peut mener tous les animaux à l’équarrissage. C’est à dire qu’ils peuvent être tués juste pour rien.

Ensuite, ce niquedouille découvre des cadavres de poulets et le congélateur où on les met. S’il y a un congélateur, c’est justement parce qu’on ramasse les cadavres. Il y a toujours des poulets qui meurent. Ça arrive. Même aux humains. On ne les voit plus mourir parce qu’on les envoie le faire à l’hôpital, de nos jours, mais figurez-vous qu’il arrive aussi que des humains meurent. Si si. J’vous jure. Memento mori, tout ça tout ça…

Chaque jour, on regarde donc bien partout pour être certain qu’il ne traîne pas de poulet crevé, d’autant que le poulet est cannibale. Oui, je sais, ça fait un choc, à force de lire “poulet nourri aux céréales”, on finit par croire que c’est un animal végétarien. Ben non. Le poulet, c’est une sorte de cochon à plumes : ça bouffe absolument tout, même ses congénères. Donc on ramasse les cadavres et on les congèle. Quand le congélateur est plein, on appelle l’équarrisseur qui vient le vider. Et ça permet aussi, s’il y a une surmortalité louche, de pouvoir faire analyser les cadavres afin de pouvoir identifier la source du problème. Il y a un taux de mortalité considéré comme parfaitement normal (j’ai oublié les chiffres exacts, il me semble que ça tourne autour des 2%, peut-être qu’un éleveur pourra nous le préciser ici). Quand on passe au-dessus, on fait des analyses. Les questions de sécurité alimentaire ne sont absolument pas prises à la légère en France. Je ne ferais pas le même pari concernant le poulet qu’on importe par exemple du Brésil.

En outre, pour en finir avec la question de la mortalité, cette race là – dont j’ai oublié le nom, je les appelle les poulets à gros cul – est très fragile du cœur. Ce sont des gros poulets (j’en ai moi-même élevés qui pesaient jusqu’à 5kg vidés / plumés et je vous jure que je n’exagère pas). J’en avais gardé un pour faire office de coq, Maurice, ben même dans des super-conditions d’élevage pas du tout intensif, avec accès extérieur, alimentation variée et tout ce qui va bien, son cœur a lâché alors qu’il n’avait pas deux ans.

Enfin, le truc qui m’a le plus marquée dans ce type d’élevages, c’est de constater à quel point des images peuvent être trompeuses.
Le poulet n’est pas l’animal le plus intelligent de la planète. Vous leur donnez de l’espace, ben ces cons de volatiles s’entassent quand même tous du même côté. J’avais vraiment été surprise de constater la différence de densité entre un côté du bâtiment et l’autre. D’un côté, je galérais à faire un pas tellement les poulets étaient les uns sur les autres. Dans le dernier tiers du bâtiment, il n’y avait quasiment aucune bestiole alors que rien ne les empêchait d’y aller. Alors forcément, selon le côté où on filme ou photographie, on n’a pas du tout le même rendu.

On voit sur ses photos que ces poulets sont en bonne santé. Crêtes bien rouges, bêtes pas déplumées : vraiment pas de quoi hurler.
Est-ce que c’est ce qu’il y a de mieux pour les animaux ? Non. Est-ce qu’on peut nourrir 8 milliards d’humains sur la base des exigences de ces Parisiens qui chouinent d’un rien ? Non plus.

Si vous ne voulez plus de ces poulets-là, achetez des poulets fermiers ou Label Rouge (le cahier des charges Label Rouge est plus contraignant que celui du Bio sur plusieurs points). Attention scoop : ça n’est pas le même prix. Si vous voulez que les plus pauvres ne soient plus nourris que de poulets brésiliens importés qui apprécieraient en comparaison les élevages français : continuez à taper sur nos éleveurs sans rien comprendre par ailleurs à ce que vous voyez. Continuez à entrer avec vos pompes dégueulasses dans leurs élevages, pour qu’ils perdent toute leur production déjà bien mal payée, ils finiront par se pendre. Mais ne vous étonnez pas ensuite qu’on vous en tienne pour responsable.

Précédent

BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE

Suivant

LE POIDS DES SABOTS, LE CHOC DES PHOTOS

  1. Nadine Peduzzi

    Je me permets de partager cet excellent article.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén