URGENT : VACHES CHERCHENT VÉTÉRINAIRES


L’Atlas démographique 2020 de la profession vétérinaire vient de paraître. Il révèle une baisse très nette et préoccupante du nombre de vétérinaires pour animaux de rente.”
Ce qu’on appelle les animaux de rente, ce sont les animaux qui ont quelque chose à voir avec notre alimentation : vaches, cochons … Et bientôt, il n’y aura plus de vétérinaires pour les soigner. L’élevage ne peut pas exister sans vétérinaires.

Seulement, nous avons mis le doigt dans un engrenage vicieux. Les hurlements animalistes, quoique minoritaires, sont particulièrement bruyants, et ça ne rend pas les métiers de l’élevage très attractifs. Mais ça, c’est sans doute la marge du problème.

Les éleveurs gagnent très mal leur vie, si bien qu’ils hésitent à appeler le vétérinaire qui bien sûr ne travaille pas gratuitement. Et quand finalement, ils s’y résolvent, il est malheureusement souvent trop tard, et le véto n’a plus que le choix de l’euthanasie. Il existe des vétérinaires qui cessent de pratiquer “la rurale” par ras-le-bol de ne procéder quasiment qu’à des euthanasies.

Et puis, il y a le métier de vétérinaire de la rurale lui-même : physiquement, c’est très dur. Une vache n’est pas exactement manipulable comme un chihuahua. C’est salissant. Ça nécessite de passer beaucoup de temps sur la route car on ne mène pas une vache au cabinet. Or le pétrole coûte de plus en plus cher. Et comme les interventions peuvent être longues, forcément, un vétérinaire de la rurale ne peut pas enchaîner les consultations – et encaisser les factures – à la chaîne.

Tout ça mis bout à bout donne cette réalité : s’il y a toujours des jeunes motivés à soigner les chiens à mémères dans des cabinets de ville à trente balles tous les quarts d’heure de consultation, ceux qui sont prêts à enfiler les bottes pour aller pratiquer des césariennes sur les vaches à trente bornes du cabinet se font beaucoup plus rares.
Tout est en place pour que l’élevage disparaisse. Les animalistes doivent apprécier. Les animaux qui seront élevés au bout du monde avec des normes bien moins strictes que chez nous, moins. Le climat qui verra des paquebots transporter notre nourriture non plus. Quant aux prairies, grandes stockeuses de carbone, elles disparaîtront sans doute aussi au profit de centres commerciaux et de lotissements.
Quand un domino tombe, tous les autres suivent …

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  1. C’est toujours avec un grand plaisir que nous lisons vos récits. Merci à vous de nous faire partager cela.

  2. Chamaska

    On peut ajouter à cela les jeunes vétérinaires qui se dégoûtent du métier (rurale et canine confondues) dans leurs premières années.
    Seuls 80% des vétos sortis de l’école comme “praticiens” travaillent encore comme tels quatre ans plus tard. Ça fait encore 1/5e des nouveaux praticiens qui “disparaissent”, et la pénurie de vétérinaires est réelle en canine comme en rurale.
    Les causes sont multiples… Le SNVEL, le syndicat des vétérinaires libéraux, a publié une intéressante étude de la démographie vétérinaire il y a deux ans (disponible gratuitement).

    Y sont soulignés entre autres :
    – les horaires difficiles, qui associés à la charge émotionnelle et mentale du métier conduisent à des burn-outs, des épuisement de la compassion ou “simplement” un refus de sacrifier plus longtemps sa vie et sa famille au métier
    – un relationnel de plus en plus difficile avec une clientèle qui augmente son niveau d’exigence tout en refusant de payer plus, qui est de plus en plus procédurière aussi et de plus en plus dans une optique de “j’ai payé, donc j’ai le droit, et ça doit guérir”
    – un métier qui est encore perçu comme un métier de “nantis”. L’image du vétérinaire riche qui s’en met plein les fouilles est tenace, quand le revenu médian de la profession est au niveau de celui d’une infirmière libérale (si ma mémoire est bonne, information à confirmer).

    Bref, j’aime ce métier et j’espère que je continuerai à le pratiquer. J’adore la rurale et cela me motive à encaisser de très grosses journées de bon cœur. Hélas, la rurale est en perte de vitesse partout.
    Si dans vingt ans les vétérinaires ne soignent plus de vaches, il faudra sans doute que je travaille à mi-temps si je veux survivre à mon métier, ou au moins pour ne pas m’en dégoûter pour de bon.

    Signé : une véto rurale qui chausse les bottes de jour et de nuit.

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