Quand les animalistes veulent vous faire croire que les éleveurs sont des brutes, il y a toujours le même “argument’ qui revient : on sépare les veaux de leurs mères dès la naissance et c’est horrible.

 

Je ne reviendrai pas sur les limites de l’anthropomorphisme, je crois en avoir déjà parlé cent fois. Mais je constate que s’il y a effectivement des élevages où on sépare le veau de la vache dès sa première heure de vie, ça n’est vraiment pas une constante partout. J’ai vu de tout, en réalité : des veaux séparés au bout d’une heure, un, deux ou trois jours, des veaux nourris au lait en poudre, des veaux nourris au biberon ou au seau, des veaux placés en nourrice …

En réalité, chaque éleveur fait en fonction de sa personnalité, de ses observations et de ses infrastructures.

Avec une nouvelle ferme, je découvre encore une nouvelle façon de faire.

Les mâles, qui sont vendus vers un mois, sont laissés avec le troupeau. En théorie, c’est leur mère qui les nourrit, en pratique, si certains tètent exclusivement leur mère, d’autres passent d’un pis à l’autre. Il arrive aussi qu’une mère ne s’occupe pas du tout de son veau : il y en a un comme ça en ce moment, donc je le nourris au biberon avec le lait de sa mère, du coup cette andouille me prend pour sa mère, me suit partout, essaie tantôt de me téter le pantalon, tantôt les manches, et ce matin il a même profité que j’étais penchée en avant pour carrément me choper un sein. Heureusement que la cotte est épaisse. P’tit con. Le gros avantage de ce fonctionnement, c’est que ça met d’excellente humeur le matin de voir des petits veaux courir partout dans l’étable. L’inconvénient, c’est que quand il faut les chopper le jour où l’acheteur vient les chercher, ça vire vite au générique de Benny Hill.

Pour les femelles, la règle fondamentale est : ça dépend. Si tout se passe normalement, les velles restent trois jours avec leur mère. Mais ça peut être moins si la vache ne s’en occupe pas, ça peut aussi être rallongé jusqu’à une semaine si le veau est faiblard, si le vêlage a été difficile, si on n’a pas le cœur à les séparer de suite… Il n’y a pas de règle écrite.

L’autre argument des animalistes, c’est que c’est très très mal de voler le lait des vaches deux fois par jour alors que le lait, c’est pour les veaux. Bon, déjà les veaux sont nourris au lait jusqu’au sevrage. Ensuite, depuis dix jours, on ne trait plus qu’une fois par jour, le matin. Bien sûr, la plupart des éleveurs hurlent que les vaches vont souffrir voire être malades. En réalité, elles ne montrent aucun signe d’inconfort, et les résultats du labo disent qu’elles n’ont aucun problème particulier. La ration alimentaire a été rééquilibrée en fonction, la production quotidienne a chuté d’environ 30% : tout le monde s’adapte et vit fort bien ce changement. En fait, au bout de trois jours, les vaches ont compris qu’il était inutile de se présenter à la salle de traite le soir.
Croyez-en mon expérience qui commence à s’étoffer : ceux qui vous disent que “dans les élevages – on fait comme ci ou comme ça” vous racontent forcément des carabistouilles. Il n’y a vraiment pas de dogmes figés sur les façons de faire. “Ça dépend” reste la seule réponse valable.