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ERREUR DE PARCOURS

Vous connaissez l’expression « chercher une aiguille dans une meule de foin » ? Eh bien, il y a aussi « chercher une chevrette sur 100 hectares de bruyères échevelées ».

« Vers l’infini, et au-delà ! »

Mes filles, les chevrettes qui sont destinées à intégrer le troupeau de laitières – Paula, Paupiette, Patou, Picolina, Pastaga et Chaussette – se sont perdues ce matin.

Je vous raconte.

Mes chevriers nous élèvent sur un massif situé dans le sud de la France : le massif des Albères. Ils nous élèvent selon ce qu’on appelle un modèle extensif, c’est à dire que nous avons de l’espace pour parcourir, pour manger et nous promener. Ils travaillent selon un système pastoral (vous en apprenez des choses, dites donc !) en nous promenant de parcelle en parcelle, afin d’aller manger la végétation qui apportera suffisamment d’énergie pour faire du lait et aussi dans le but de débroussailler et, ainsi, limiter les risques d’incendie.

On oppose le modèle extensif au modèle hors-sol, dans lequel les animaux ne sortent pas du bâtiment. Entre ces deux modèles, il y a tout un tas de modèles d’élevage possibles : des animaux qui restent en stabulation, d’autres qui sont dans des prés, d’autres encore qui sortent au printemps et qui restent en bâtiment l’hiver, de gros élevages de plusieurs centaines de bêtes, des petits élevages… Certains produisent leur foin et leurs céréales, d’autres pas, soit parce qu’ils n’ont pas les terres ou le matériel pour le faire, ou alors parce que le terrain est trop accidenté. Certains élevages n’ont pas la possibilité de sortir les animaux parce qu’ils ne disposent que d’une petite surface.

« On veut sortir !!! »

Bref chacun fait comme il peut plus que comme il veut !

Nous, notre chèvrerie est en plein massif forestier. En pleine suberaie (forêt de chênes-lièges). Mmmm ! C’est bon la suberaie ! Surtout à l’automne quand il y a plein de glands qui tombent des chênes ! Mais les chevriers ne veulent pas qu’on en mange trop parce que ça nous fait mal au ventre.

La suberaie au printemps, c’est bon aussi ! Lavande, salsepareille, genêt… Et il y a plein de bruyères ! Plein partout ! Même que parfois, seuls les sangliers peuvent les traverser, tant elles sont emmêlées et échevelées. Et un deux pattes, parfois, ne peut pas les traverser.

Bref, mes filles ont quatre mois. Elles sont sevrées et en plus du foin et des céréales, elles doivent apprendre à manger dehors. Mes chevriers, pour commencer, les sortent comme une récréation : une heure autour de la chèvrerie pour découvrir. Mes filles font plus de cabrioles qu’elles ne mangent. Dès la deuxième sortie, elles grignotent les toupets des bruyères arborescentes, puis elles goûtent aux feuilles de chênes : chênes verts et chênes pédonculés, mais pas encore aux chênes kermès trop ligneux pour leurs petites dents. Elles ne s’éloignent pas du chevrier, car elles sont craintives et peuvent s’effrayer d’un oiseau qui se pose à proximité !

Fin juin, cela fait plusieurs semaines que les chevrettes sont en apprentissage du parcours. Elles sont maintenant incorporées au reste du troupeau pour la balade-repas. Et ce n’est pas simple, car les chèvres adultes ne voient pas d’un œil bienveillant ces nouvelles qui viennent grignoter LEURS ARBUSTES. Alors les chèvres adultes les tapent et les chevrettes se retrouvent en queue de peloton, car en parcours, les dominantes conduisent et ouvrent la marche et ne tolèrent pas qu’une jeunette passe devant.

« À la queue, comme tout le monde ! »

Et aujourd’hui : accident de parcours !

Mes chevriers n’ont pas vu que les chevrettes avaient quitté le peloton de queue et la piste pour aller s’enfoncer dans la bruyère.

C’était l’heure de rentrer en bâtiment et le troupeau arpentait la piste qui y conduit sous la chaleur et un soleil qui darde. Les grandes sont habituées. Elles ont chaud et soufflent, mais sont habituées.
Les chevrettes, non. Elles n’ont pas l’habitude. Elles ont moins de ressources et fatiguent plus vite.
Alors mes filles ont trouvé judicieux de décrocher de la piste pour aller chercher la fraîcheur sous les bruyères. Discrètement. Sans bruit. Sans attirer l’attention du chevrier ou du chien.

Au moment de rentrer le troupeau, ce fut une évidence : Paula, Chaussette, Pastaga, Paupiette, Patou et Picolina avaient disparu.

ça tape dur !

13 h : 35°. Soleil de plomb.

Couple de buses, renards, blaireaux et chiens errants ne permettent pas que les filles passent la nuit dehors. Et la chaleur et la déshydratation non plus.

Ni une ni deux : il fallait partir à leur recherche .

Le chien fut d’un piètre secours : accablé par la chaleur qu’il était, il préféra s’allonger au frais et à l’ombre, donc les deux chevriers ne devait compter que sur eux-mêmes.

ah ! la pôv’ bête !

Il est arrivé par le passé qu’un chevreau échappé du parc suive les chèvres et s’égare : il n’a jamais été retrouvé. Là, il fallait les retrouver avant la nuit. Or les chevrettes – était-ce l’instinct de protection ? était-ce la fatigue et la chaleur ? – ne répondaient pas aux appels. Aux « bébés », « bilibili » et au bruit familier des céréales agitées dans le seau qui les fait accourir à toute vitesse d’ordinaire.

Le soleil mord la peau. La chaleur est accablante. Les bruyères sont hostiles et les ronces sont hargneuses. Le temps passe.

Les chevriers vont renoncer quand, soudain, une buse plane en décrivant un cercle.

LE TALWEG EN CONTREBAS ! Zou !

Tant pis pour les bras griffés par les branches. Il faut s’enfoncer au milieu des bruyères, au fond, au frais, à l’ombre : elles sont là ! Elles entendent et répondent aux appels ! Elles finissent par se lever et cheminer vers les voix familières. Enfin !

Paula, Paupiette, Pastaga, Patou, Picolina et Chaussettes rentrent au bercail.

Il faut fêter ça : eau fraîche et minéraux pour elles et bière bien fraîche pour les chevriers !

Erreur de parcours qui finit bien, grâce à l’intervention et au courage des deux chevriers, qui n’ont pas ménagé leur temps et leur peine pour retrouver les quelques fuyardes. Encore des éleveurs peu soucieux de leurs animaux, sans doute !

PIERCING

Conversation entre la patronne et Hercule Bouc, sur l’utilité des décorations d’oreilles :

« Quoi, Hercule ? Pourquoi me regardes-tu avec tant d’insistance ?
– Je regarde tes oreilles.
– ?????
– Toi aussi, tu as des boucles auriculaires !
– Oui, certes ! Ce ne sont pas tout à fait les mêmes.
– Y a rien d’écrit sur les tiennes ?
– Non pas besoin. Moi, à la place, j’ai une carte d’identité, un papier qui témoigne que je suis bien moi !
– Et pourquoi j’en ai pas, moi, de papier ?
– Ben si… Tu en as des papiers, puisque tu es un bouc issu d’IA.
– ?????????
– Ta maman, ben… Comment dire… a reçu des paillettes. Des paillettes de bouc que l’inséminateur a placé dans la matrice de ta mère. Ton père est un bouc extraordinaire qui a permis que tu existes ! Et je me réjouis d’avoir un si beau bouc, si gentil et costaud.
– Je veux mes papiers !
– Non. Tu vas les bouffer !
– Murf.
– En attendant, il est temps de mettre les boucles électroniques à tes filles : Madeleine, Maella, Mal de Cap, Mafalda, Marguerite et Mechoui.
– Pourquoi ?
– Moi, je les reconnais, mais les autres, non ! Si le vétérinaire départemental vient, elles doivent être bouclées. C’est obligatoire ! Et sur les boucles, il y a mon numéro d’éleveur en plus du numéro millésime de la chèvre. Ce numéro leur est attribué à vie et permet de savoir qui elles sont, d’où elles viennent et quel âge elles ont. Si une boucle est perdue, en attendant d’en recevoir une autre via le GDS (groupement de défense sanitaire), on doit poser une boucle provisoire de couleur rouge sur laquelle on transcrit au marqueur indélébile les numéros d’identification et d’éleveur.
– Uhhhhh ! C’est désagréable !
– T’inquiète ! Je fais vite et bien, et tes filles ne seront pas plus incommodées que cela. En plus, je fais ça avec une pince propre et je désinfecte avant ! Et puis regarde : moi aussi, j’en ai et j’ai pas pleuré ! »

« QUE TU AS DE GRANDES CORNES, HERCULE ! »

Maurice, petit bouc âgé de 6 mois, regarde, quelque peu envieux, les cornes de son aîné Hercule :
« Comme elles sont grandes tes cornes, Hercule ! Dis, j’en aurai des comme les tiennes un jour ?
– Attends d’avoir du poil au menton gamin.
– À quoi ça sert ? Est ce que ça pousse vite ?
– Patroooooone ! Explique-lui, au petit jeune ! Murf.
– Allez, p’tit cadet !… Les tiennes sont encore modestes, mais tu n’as que 6 mois et elles vont pousser, pousser, pousser !

Ça  peut paraître un peu étrange à rappeler, mais les chèvres sont des animaux à cornes… comme les vaches d’ailleurs… quoiqu’à y regarder de plus près, cette évidence ne semble pas aller de soi ! Pourquoi existe-t-il des chèvres sans cornes ? Naissent-elles sans cornes ?

Chez nous, tout le monde est cornu. Et les chèvres ont naturellement des cornes, plus ou moins imposantes selon les races. À la naissance, on ne sent qu’une bosse.

Mais certaines chèvres naissent sans cornes (on dit alors qu’elles sont mottes), mais la grande majorité de leurs congénères les portent fièrement sur la tête.

Les cornes sont toujours paires, mais pas toujours totalement symétriques. Elles sont constituées d’une cheville osseuse recouverte de kératine. Elles semblent pousser toute la vie de l’animal, dès sa naissance.

Les cornes poussent plus vite chez le petit bouc que chez la femelle.

Mais pourquoi les chèvres ont-elles des cornes ?

Les cornes servent principalement à se défendre ou à assurer au mâle sa suprématie sur son harem, ce qui explique que les cornes sont plus grandes et plus majestueuses chez le bouc que chez la chèvre.

Accessoirement elle servent aussi à se gratter… ce qui à l’air bien pratique ma foi !

Alors pourquoi pouvons-nous voir des élevages sans cornes ? Certains éleveurs font le choix d’écorner pour éviter les luttes. Cela se fait avec des pâtes à écorner ou un fer.

Est-ce que ça fait mal ?
Il faut que le geste soit maîtrisé et il faut le faire au bon moment, avant que la corne n’affleure. Certes, le geste peut paraître impressionnant et cela n’est pas des plus agréable pour la jeune chevrette.
Une brève douleur est ressentie par l’animal. Il faut ensuite surveiller l’évolution les jours qui suivent.

Pourquoi le faire ?????
Mes chèvres sont toutes cornues, c’était un choix.
Lorsque je suis allée chercher mes chevrettes chez un collègue éleveur, un vieux briscard, il m’a dit : « Si tu n’écornes pas, tu signes pour en ch*** ! »
« Bah ! me suis-je dis. Avec une centaine d’hectares, elles n’auront aucune raison de se battre ! »
Sauf que… c’était mal connaître la propension naturelle de la chèvre alpine chamoisée à établir une hiérarchie !
Cinq années, quelques agrafeuses, quelques chèvres abîmées et une note salée de soins vétérinaires plus tard, je révise ma copie et fais le choix d’écorner la génération à venir.

Mon troupeau est composé de chèvres alpines chamoisées. C’est une race plutôt pêchue en caractère. Qui plus est, la chèvre est un animal hiérarchique. C’est à dire qu’il y a des dominantes et des dominées. Et puis parfois… des coups de Trafalgar, des règlements de comptes… des p’tits coups de pu*** !…
Et ça ne rigole pas ! Et puis les hormones pendant les chaleurs ou la fin de gestation, les fortes chaleurs de la période estivale qui renforcent la concurrence sur les parcours secs du pourtour méditerranéen… Autant de périodes qui augmentent l’irritabilité et donc la fréquence des combats.

Coups dans la mamelle, patte cassée, côte cassée, éventration, avortement, hémorragie…
L’issue est parfois funeste.

Alors plutôt que de pleurer la mort d’une chèvre, comme ce fut le cas ce vendredi avec la mort de Heineken qui a eu la cage thoracique défoncée par Inès alors qu’elle étaient dans la bergerie, je me dis qu’un écornage vaut mieux qu’une fin tragique.

Et que celui qui veut m’affubler de noms d’oiseaux vienne lui-même poser les agrafes !

Pour ce qui sera de la cohabitation des chèvres écornées avec les cornues, elles auront des parcs distincts et les chèvres écornées refusant le combat d’emblée, elles seront dominées.

Pour ce qui est de l’esthétique « Oui, mais c’est tellement plus beau avec les cornes ! », une chèvre avec toutes ses pattes, ses deux pis et le cuir intact, c’est mieux qu’une reine de podium.

« Quant à toi petit Maurice, je te conseille de garder tes distances avec Hercule et Jedi quand la période des amours arrivera, car vu ton gabarit… tu vas voler ! »

MEURTRE DANS LA VALLÉE SOMBRE

Il est temps d’endosser la capeline de tweed , d’affûter ses sens et de partir sur les traces de la tueuse du Val Morena….
Le ciel s’assombrit et disparaît, caché par les épais nuages noirs. L’air vibre sous les coups de semonce du tonnerre. L’orage descend du Vallespir pour venir déverser son courroux sur les Alberes.

Un cri déchire le début de soirée. Je lâche ma louche (ben oui une louche… normal, pour une fromagère), cours et jaillit de la fromagerie telle un cyclone : « Woiiii ! Qui c’est qui tape ! CARALHO !!!! »

Le troupeau se disperse et va se coller contre les murs de l’aire paillée. Reste Heineken, penchée en avant, sur les jointures de ses pattes antérieures pliées. Elle souffle, sa respiration s’emballe et elle tremble.

Je saute par dessus le cornadis et vais m’agenouiller près d’elle.

Trois chèvre, Herbicide, Héloïse et Iris, s’approchent pour venir renifler l’odeur de la peur. Je les chasse et elles retournent se coller au reste du troupeau. Elles savent que la patronne fulmine.

« Heineken, ma chérie, que t’ont-elles fait, ces pouffiasses ? »

La pauvre bête a le flanc droit défoncé. Les côtes ont cédé sous le coup. Au moins trois côtes. Le cœur affleure et je peux voir le rythme cardiaque dessiner des vagues sous le cuir abîmé. Noms de dieux, les pu***!

Heineken ne s’en sortira pas.

Seule une chèvre d’un gros gabarit peut faire ça. En aucun cas Héloïse avec ses 60 kilos, ni Herbicide si placide. Iris ???? 80 kilos et des velléités à devenir matrone ????

Il faut dire que depuis que Hongrie grosse tête n’est plus, le trône de la reine est à prendre.
Et elles sont sept à lorgner sur la couronne : Iris, Inès, Guaguane, Gougoute, Hortensia, Hooligan et Hélène.

Je sors Heineken de l’aire paillée. Et inspecte les biks.

Guaguane, collée à la porte, me regarde, effarouchée. Je l’ inspecte. Pas de trace de sang sur les cornes.
Iris rumine. Et puis malgré ses 80 kilos, elle est encore trop jeune pour régenter. Reste Hortensia, Gougoute, Iris, Hooligan, Hélène et Inès.

Hortensia. Comme à l’accoutumée, elle s’approche pour me lécher le bras (sûrement à cause du sel contenu dans la sueur). Je lui gratte l’entre-cornes et lâche « je sais que c’est pas toi. » Pourquoi ? Parce que ! Hortensia n’a jamais été dans les coups fumeux. Bien qu’elle fasse partie des plus vieilles et des plus grosses, elle capitule vite lors des luttes.

Hooligan ? Avec un nom pareil ? Oui… mais non. Pourquoi ? C’est la sœur de Heineken ! Et il n’y à jamais de lutte à mort entre sœurs ! De mémoire de chevrière, je n’ai jamais vu des sœurs se battre. Par contre s’allier pour en défoncer une autre, oui.

Gougoute. Une chèvre qui ne pense qu’à se remplir la panse. Pas le profil. C’est une grosse bik trop lourde pour donner un tel assaut…

Il s’agit donc d’une grosse chèvre, 70-80 kilos, qui a suffisamment d’agilité pour prendre de l’élan, se lever sur ses pattes arrières et plonger pour défoncer sa victime…

Hélène, Miss coup de pu*** ?????? Toujours dans les coups bas. Hélène ????? Elle boite depuis quelques jours. Depuis que…

BON SANG ! MAIS C’EST BIEN SÛR ! ÉLÉMENTAIRE MON CHER WATSON : INÈS.

INES à tamponné l’arrière-train d’Hélène alors qu’ elle était au cornadis !

Je relis les notes sur le dossier de Inès :

  • 80 kilos
  • n’a pas eu de gestation cette saison
  • n’est pas lestée par des pis pleins de lait
  • haute sur pattes et agile comme une gazelle

Je vérifie son casier…
Woiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.
Multirécidiviste :

  • coup fatal à Ingrid
  • suspectée dans la mort de Herta, morte d’une hémorragie interne suite à une tamponnade
  • a cassé la patte avant de Ibou
  • a crevé la mamelle de Hollande

Je m’approche de Inès, qui file sous la passerelle du quai de traite. La saisit. Du sang sur la corne. Te voilà démasquée !

Je lui passe la corde au cou et la sors de l’enclos. Je la place en case de détention. Seule.

Je charge Heineken dans la remorque. Pauvrette, elle succombera à sa blessure.

Vous trouvez toujours les chèvres aussi choupinettes ?

Moi oui. Mais je fais le choix d’écorner la génération à venir. Et tant pis pour ceux qui s’exclament « Ohhhhh ! c’est cruel d’écorner !!!!! », ils ne savent pas ce que c’est que de gérer les blessures liées aux conflits de hiérarchie.

… Tiens ! Pendant que j’écris, passe à la radio le titre des Who, générique des « Experts à Miami » !!!! Vrai de vrai !!!!!…

Je pense à Maella et Mal de Cap, les filles d’Heineken, petite fille de Guinness. Digne relève.

La tueuse du Val Morena est sous les écrous. Et l’enquête est close .

COMPASSION ANIMALE 1 – RENTABILITÉ 0

Lorsque la patronne attelle la remorque-bétaillère au tank, ça n’est jamais bon signe. Les copines qui y montent… ne reviennent pas.

J’observe la patronne depuis quelques jours : elle s’agite, plaque la paume de sa main sur le front et se frotte.

« Trop de bêtes, pas assez de place, blablabla. »

Elle a téléphoné pour dire que : « Huit seraient du convoi. » C’était la semaine dernière. Puis elle a téléphoné à nouveau il y a quatre jours :

« Finalement, six seulement. »

Six quoi ?

Ce matin, elle est de nouveau agitée. V’là qu’elle arpente la bergerie de long en large. Elle marmonne :

« Non pas Inès, pas Nenès… Non ! »

En début d’après-midi, re-téléphone : « Quatre seulement. »

Elle attelle la remorque et se dirige vers le parc. Revient avec Harlem (je l’aime bien avec ses pis comme des cacahuètes, la patronne l’appelle « la mère pisse trois gouttes »), Hermès (estropiée par un renard, elle n’ a qu’une seule mamelle, mais qu’elle est belle avec ses pampilles !), Hooligan (quelle peau de vache celle-ci ! Et quel mauvais goût ! Elle n’a d’yeux que pour ce dadet de Hélios) et Rebecca (demi-portion de chèvre qui ressemble à une chèvre naine qui aurait rétréci au lavage).

Patronne reste plantée là avec les copines autour d’elle. Que peut elle attendre ainsi ?

« Peux pas… Peux pas… »

Finalement elle décroche la remorque et téléphone une nouvelle fois :

« Salut. Finalement, pas de réforme. M’attends pas, charge. À plus. »

Patronne gratte le front de Hermès et lui dit :

« Casse-toi, pelle à tarte ! Et MERCI ? Ça t’écorcherait le gosier ? DE RIEN, espèce de carnes ! Je le paierai. Ou pas. Rentabilité de mes fesses ! »

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