Maurice, petit bouc âgé de 6 mois, regarde, quelque peu envieux, les cornes de son aîné Hercule :
« Comme elles sont grandes tes cornes, Hercule ! Dis, j’en aurai des comme les tiennes un jour ?
– Attends d’avoir du poil au menton gamin.
– À quoi ça sert ? Est ce que ça pousse vite ?
– Patroooooone ! Explique-lui, au petit jeune ! Murf.
– Allez, p’tit cadet !… Les tiennes sont encore modestes, mais tu n’as que 6 mois et elles vont pousser, pousser, pousser !

Ça  peut paraître un peu étrange à rappeler, mais les chèvres sont des animaux à cornes… comme les vaches d’ailleurs… quoiqu’à y regarder de plus près, cette évidence ne semble pas aller de soi ! Pourquoi existe-t-il des chèvres sans cornes ? Naissent-elles sans cornes ?

Chez nous, tout le monde est cornu. Et les chèvres ont naturellement des cornes, plus ou moins imposantes selon les races. À la naissance, on ne sent qu’une bosse.

Mais certaines chèvres naissent sans cornes (on dit alors qu’elles sont mottes), mais la grande majorité de leurs congénères les portent fièrement sur la tête.

Les cornes sont toujours paires, mais pas toujours totalement symétriques. Elles sont constituées d’une cheville osseuse recouverte de kératine. Elles semblent pousser toute la vie de l’animal, dès sa naissance.

Les cornes poussent plus vite chez le petit bouc que chez la femelle.

Mais pourquoi les chèvres ont-elles des cornes ?

Les cornes servent principalement à se défendre ou à assurer au mâle sa suprématie sur son harem, ce qui explique que les cornes sont plus grandes et plus majestueuses chez le bouc que chez la chèvre.

Accessoirement elle servent aussi à se gratter… ce qui à l’air bien pratique ma foi !

Alors pourquoi pouvons-nous voir des élevages sans cornes ? Certains éleveurs font le choix d’écorner pour éviter les luttes. Cela se fait avec des pâtes à écorner ou un fer.

Est-ce que ça fait mal ?
Il faut que le geste soit maîtrisé et il faut le faire au bon moment, avant que la corne n’affleure. Certes, le geste peut paraître impressionnant et cela n’est pas des plus agréable pour la jeune chevrette.
Une brève douleur est ressentie par l’animal. Il faut ensuite surveiller l’évolution les jours qui suivent.

Pourquoi le faire ?????
Mes chèvres sont toutes cornues, c’était un choix.
Lorsque je suis allée chercher mes chevrettes chez un collègue éleveur, un vieux briscard, il m’a dit : « Si tu n’écornes pas, tu signes pour en ch*** ! »
« Bah ! me suis-je dis. Avec une centaine d’hectares, elles n’auront aucune raison de se battre ! »
Sauf que… c’était mal connaître la propension naturelle de la chèvre alpine chamoisée à établir une hiérarchie !
Cinq années, quelques agrafeuses, quelques chèvres abîmées et une note salée de soins vétérinaires plus tard, je révise ma copie et fais le choix d’écorner la génération à venir.

Mon troupeau est composé de chèvres alpines chamoisées. C’est une race plutôt pêchue en caractère. Qui plus est, la chèvre est un animal hiérarchique. C’est à dire qu’il y a des dominantes et des dominées. Et puis parfois… des coups de Trafalgar, des règlements de comptes… des p’tits coups de pu*** !…
Et ça ne rigole pas ! Et puis les hormones pendant les chaleurs ou la fin de gestation, les fortes chaleurs de la période estivale qui renforcent la concurrence sur les parcours secs du pourtour méditerranéen… Autant de périodes qui augmentent l’irritabilité et donc la fréquence des combats.

Coups dans la mamelle, patte cassée, côte cassée, éventration, avortement, hémorragie…
L’issue est parfois funeste.

Alors plutôt que de pleurer la mort d’une chèvre, comme ce fut le cas ce vendredi avec la mort de Heineken qui a eu la cage thoracique défoncée par Inès alors qu’elle étaient dans la bergerie, je me dis qu’un écornage vaut mieux qu’une fin tragique.

Et que celui qui veut m’affubler de noms d’oiseaux vienne lui-même poser les agrafes !

Pour ce qui sera de la cohabitation des chèvres écornées avec les cornues, elles auront des parcs distincts et les chèvres écornées refusant le combat d’emblée, elles seront dominées.

Pour ce qui est de l’esthétique « Oui, mais c’est tellement plus beau avec les cornes ! », une chèvre avec toutes ses pattes, ses deux pis et le cuir intact, c’est mieux qu’une reine de podium.

« Quant à toi petit Maurice, je te conseille de garder tes distances avec Hercule et Jedi quand la période des amours arrivera, car vu ton gabarit… tu vas voler ! »