Étiquette : L214

MISE AU POINT

D’habitude, quand L214 publie une nouvelle vidéo, il est extrêmement facile d’en dégonfler la gravité par une simple analyse des images. Par exemple, faire des gros plans sur des cadavres d’animaux avec une musique qui fait pleurer, c’est très vendeur pour eux, mais dans la réalité, eh bien oui, ça arrive que des animaux meurent et ça n’est pas forcément le signe que l’éleveur n’a pas correctement fait son travail. Tout ce qui est vivant meurt à un moment ou à un autre sans que pour autant la responsabilité de quiconque soit forcément en cause.

J’aimerais pouvoir faire le même travail d’analyse sur leur dernière vidéo, mais sauf à faire preuve d’une mauvaise foi corporatiste, c’est impossible. Cette publication, pour ceux qui ne l’ont pas visionnée, montre des employés d’un élevage d’engraissement terriblement brutaux avec des veaux, des veaux isolés dans des cases sales et minuscules, à même le béton, et des veaux euthanasiés pour la seule raison qu’ils sont trop petits et donc avec une trop faible rentabilité envisageable. Et tout ça est absolument indéfendable.

On peut certes remonter aux causes pour comprendre comment on en arrive à abattre des veaux en bonne santé. Jusqu’en 2015, les producteurs de lait étaient tenus par des quotas de production imposés par l’Europe. Ces quotas permettaient d’éviter la surproduction. Mais depuis le 1er avril 2015, il n’y a plus de quota imposé. Dès lors, nombre de producteurs de lait ont fait le choix d’agrandir leur cheptel pour produire plus, et ça a été le début d’une catastrophe prévisible. La production augmentant dans toute l’Europe, le prix du lait a chuté. Comme on faisait naître plus de veaux, mécaniquement, plus de veaux mâles se sont retrouvés sur le marché de la viande et ont à leur tour impactés le prix de la viande. Les engraisseurs ont alors eu l’embarras du choix et ils ont fait celui de garder les veaux les plus rentables et d’abattre les plus chétifs. Un petit veau ne mange pas forcément moins qu’un plus gros, il coûte donc aussi cher à engraisser tout en rapportant moins à la fin.

On peut comprendre comment nous en sommes arrivés là, mais ça n’excuse pas pour autant tout ce que ça engendre. On peut refuser la mièvrerie habituelle des animalistes sans forcément sombrer dans l’excès inverse qui consisterait à tout accepter au nom de la défense des éleveurs. Il est probable que des veaux dont je me suis occupée se soient retrouvés dans un élevage d’engraissement aussi dégueulasse (je pèse mes mots) que ce que montre la dernière publication de L214, et j’en suis profondément attristée et furieuse.

Certains éleveurs ont fait le choix d’engraisser eux-mêmes leurs mâles dans des conditions respectables et c’est heureux. D’autres, par manque de temps, d’espace ou d’envie vendent leurs mâles à des engraisseurs. Ça n’est pas un mauvais choix dans l’absolu : l’élevage laitier est extrêmement contraignant et il est tout à fait compréhensible qu’ils ne souhaitent pas se rajouter du travail. Mais s’ils acceptent ou justifient que leurs bêtes soient ainsi traitées, s’ils ne sont pas les premiers à monter au créneau pour dénoncer ces traitements abjects réservés aux veaux, ils ne gagneront pas en crédibilité et encore moins en soutien. L’agribashing systématique est stupide, je suis certaine qu’il y a nombre d’engraisseurs respectables,  mais tolérer et/ou justifier l’intolérable revient à tendre le bâton pour se faire battre.

J’ose espérer que les éleveurs concernés par cet élevage d’engraissement abject sauront prendre les mesures qui s’imposent pour que cela cesse. Si ces pratiques ne sont pas fermement et publiquement condamnées par les professionnels, ils s’en font les complices et leurs discours perdront toute crédibilité vis-à-vis du grand public. Quand les choses s’améliorent, il faut le dire ; quand il y a des dérives, il faut les dénoncer.

LES CONDITIONS D’ÉLEVAGE DES VEAUX LAITIERS

L’autre soir, avec le patron, on a bien rigolé. On avait tous les deux lu un article qui reprochait pour la 158e fois aux éleveurs laitiers de séparer les veaux de leur mère, et on a essayé d’imaginer comment il faudrait procéder dans cet élevage pour ne plus le faire.

En ce moment, il y a 48 vaches laitières qui passent à la traite deux fois par jour, dont 2 qui ont vêlé ces jours-ci. Avec elles, il y a aussi deux génisses qui n’ont pas encore vêlé de leur premier veau : elles sont là pour s’habituer au troupeau des laitières, à son rythme, à l’étable et à la salle de traite. Ainsi, quand elles vêleront, elles auront l’habitude et la traite ne les stressera pas. Ça fait partie de ces petites choses qui prennent du temps, qui ne rapportent pas d’argent, mais qui sont indispensables à l’amélioration du bien-être des vaches au cours de leur vie. Dans la nursery, il y a actuellement six veaux de moins de deux mois, non sevrés, en cases individuelles, dont une petite femelle née prématurée qui est vraiment minuscule, qui ne tient pas très bien sur ses pattes et qui a besoin de soins particuliers. Enfin, il y a encore onze autres jeunes bêtes sevrées réparties en trois cases collectives, par tranche d’âge.

Imaginons donc qu’on mélange tout ce monde là. Déjà, il faudrait revoir l’ensemble du système de clôture des pâtures : les fils sont bien trop hauts pour qu’ils aient la moindre utilité pour des veaux qui passeraient dessous sans le moindre souci. Ça signifie aussi qu’il y aurait beaucoup plus de travail d’entretien à faire sous les fils. En effet, l’herbe dessous ne cesse pas de pousser parce qu’on le lui demande gentiment, l’herbe qui touche les fils rend l’électrification beaucoup moins efficace, et si la clôture n’est pas assez efficace, on va se retrouver avec des veaux et des vaches partout, y compris sur les routes, ce qui est dangereux tant pour les automobilistes que pour les bêtes. Je n’ai néanmoins entendu aucune des personnes réclamant qu’on cesse de séparer les veaux de leur mère se proposer pour venir passer le rotofil sous les kilomètres de clôture, mais c’est sans doute un simple oubli de leur part.

Ensuite, il sera impossible de sevrer les veaux. Il sera donc difficile de faire une transition progressive dans l’alimentation. C’est un moindre mal, dans l’absolu, on peut faire avec. Mais ça fera moins de lait dans la cuve, or le lait est déjà très mal payé, et rien ne viendrait compenser cette perte. Je rappelle à toute fin utile qu’une vache laitière produit beaucoup plus de lait qu’un veau ne peut en téter, en tout cas jusqu’à un certain âge.

Toutes les vaches n’ont pas l’instinct maternel. Certaines vaches refusent de s’occuper de leur veau. Il cherchera donc à aller téter ailleurs. Et ça peut engendrer des tas de problèmes. S’il va téter une génisse qui n’a pas encore de lait, il risque de lui abîmer la mamelle. S’il tête toujours sur le même trayon : même problème. Si plusieurs veaux tètent une même vache très maternelle, ils vont l’épuiser et potentiellement lui provoquer des carences. Mais il y a pire : si une vache est ou a été malade, elle peut avoir reçu un traitement, et un veau, en particulier nouveau-né, qui va téter un antibiotique risque de se détruire les intestins, d’avoir la diarrhée et la diarrhée est la première cause de mortalité chez les jeunes veaux. Enfin, si une vache vêle parmi le troupeau mais ne s’occupe pas de son veau, ce dernier ira se nourrir au premier pis qui passe. A condition qu’un veau plus grand ne l’achève pas en lui mettant des coups de tête parce que c’est sa mamelle à lui, les veaux ne sont pas toujours partageurs. Mais s’il y arrive, le pis de passage ne contient pas de colostrum, élément indispensable à sa survie. Il n’aura donc pas de système immunitaire suffisamment résistant pour vivre. N’allez pas croire que les vaches peu maternelles sont rares : elles sont au contraire assez nombreuses chez les laitières qui ont aussi été sélectionnées pour ça au fil des siècles.

Mais ça n’est pas tout ! La petite femelle fragile dont je parlais tout à l’heure est absolument incapable de suivre le troupeau. Outre qu’elle risquerait d’être écrasée par une vache, ou de se retrouver prise au milieu d’une bagarre – car oui, les vaches parfois se bagarrent – elle n’est pour l’instant pas capable de téter sa mère. Que fait-on ? On la laisse mourir parce que s’en occuper dans une case individuelle heurte les convictions de quelques-uns ?

Outre tous ces points pour lesquels j’aimerais avoir quelques éclaircissements sur la façon de procéder de la part de tous ces gens qui savent mieux que les éleveurs, il en reste un crucial : il est impossible de faire entrer les veaux dans une salle de traite, et encore moins dans le parc d’attente qui la précède où ils se feraient sans doute piétiner. Il faudrait donc séparer les veaux des vaches en amont. Avez-vous déjà couru derrière un veau et essayé de l’attraper ? Moi oui. Le constat est sans appel : un veau a quatre pattes, et moi je n’en ai que deux. On pourrait opter pour la méthode texane et les attraper au lasso. Dans l’absolu, je n’ai rien contre : j’ai toujours rêvé de faire un stage au Texas pour apprendre à me servir d’un lasso. Mais il faut être lucide sur la méthode : c’est brutal. Et il faudrait être brutaux avec les veaux deux fois par jour, plus s’il y a des soins médicaux à leur prodiguer. A supposer qu’on voit rapidement qu’un veau a besoin de soins médicaux : c’est très simple dans une case, beaucoup plus compliqué au milieu d’un troupeau. L’un des avantages des cases à veau, c’est qu’elles nous permettent de les apprivoiser sans brutalité. On s’y occupe d’eux, ils s’y habituent à nous, on les gratte, on les laisse nous renifler, on leur parle et ainsi ils connaissent nos gestes, nos odeurs et notre voix. Une fois devenus vaches, ces veaux nous font confiance, nous suivent et nous n’avons alors jamais à nous montrer brutaux avec eux. C’est là qu’on établit le lien de confiance pour ensuite travailler ensemble dans le calme.

A titre personnel, c’est grâce à ces cases individuelles que j’ai pu apprivoiser Maestro. Il pesait 40 kg quand il est arrivé. Maintenant, c’est un beau taureau de 850 kg, et outre la brutalité inhérente à son volume, il se montre très calme, pas du tout farouche ; en fait, c’est un gros tas de câlins. Laissé sans soins humains quotidiens, il serait quasiment sauvage et en tout cas dangereux pour ses éleveurs, pour moi, et pour quiconque passerait par là. Il en va de même avec les vaches. Celles qui étaient là avant mon arrivée ne m’obéissent pas beaucoup, celles que j’ai vu naître et que j’ai soignées en case individuelle viennent quand je les appelle par leur nom.

Alors certes, ces deux mois en cases individuelles ne sont peut-être pas l’idéal vu de l’extérieur. Mais vu de l’intérieur d’un élevage, ce sont deux mois qui permettent aux vaches de ne pas vivre grand-chose de stressant le reste de leur vie et qui évitent aux humains de prendre des coups de tête.

Après avoir énumérer tous ces points, le patron et moi sommes tombés d’accord : si vraiment il le faut, nous acceptons de fonctionner autrement. Nous invitons donc ceux qui savent si bien comment faire qu’ils en font des tas d’articles à venir nous montrer comment ils procèdent pour s’occuper de tous ces animaux, pour soigner les plus fragiles et pour les apprivoiser sans brutalité, le tout dans les infrastructures existantes. S’ils envisagent de changer les infrastructures pour venir à bien de ce projet, nous ne doutons pas qu’ils accepterons de financer eux-mêmes ce changement : le prix du lait et l’endettement de bien des éleveurs ne leur permettant nullement de le faire.

LA POULE AUX ŒUFS D’OR EST À SEC

Il semblerait que L214 apprécie particulièrement les élevages de volailles, puisqu’une énième vidéo volée a été publiée ce jour, donnant à voir un élevage de poules pondeuses élevées en cages.

Nous ne jugerons pas ici de la pertinence de cette méthode d’élevage puisque le débat a déjà été tranché par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2018 et traduit dans le Code Rural et de la Pêche maritime par une modification de l’article L.214-11.

extrait du JO n° 0253 du 01 11 2018

C’est en effet à cette date que les députés ont décidé d’interdire l’installation de tout nouvel élevage de poules en cages. La filière avicole ne s’y est d’ailleurs absolument pas opposée : les éleveurs ont parfaitement entendu le message de la société qui ne souhaite plus que l’on produise de cette façon. Ils acceptent qu’à l’avenir il faudra procéder autrement. Mais alors, demanderez-vous : si l’on accepte l’idée qu’il faut cesser ce type d’élevages, pourquoi ne pas l’interdire purement et simplement immédiatement tout de suite ? Eh bien pour une raison fort simple : « y’a qu’à » et son ami « faut qu’on » fonctionnent toujours fort bien sur le papier, mais quand il est question de mise en œuvre concrète, les choses sont souvent beaucoup plus compliquées. Jugez plutôt.

photo : איתמר ק., ITamar K. — Travail personnel, Domaine public (Wikipedia)

Au fil du temps, il a été demandé aux éleveurs de volailles, par directives européennes, d’avancer vers plus d’exigence quant au respect de certaines normes. Nous ne nous attarderons pas ici sur les détails techniques allant de la taille des cages à la forme des mangeoires en passant par le nombre de perchoirs et le type de sol requis, les plus curieux d’entre-vous pourrons aller lire, par exemple, la Directive 1999/74/CE ou encore la Directive 98/58/CE. Tous ces changements qui peuvent sembler à la marge ont eut un coup financier pour les éleveurs qui n’ont reçu que fort peu d’aides pour y faire face.

La première de ces deux directives demandait la disparition des cages dites « conventionnelles » pour le 1er janvier 2012. Les éleveurs qui travaillaient avec ces cages ont donc dû investir massivement pour remplacer tout leur matériel. L’investissement total pour réaliser ces changements s’est monté en France à un milliard d’euros. Le Ministère de l’Agriculture a débloqué, pour les y aider, une enveloppe de onze millions d’euros. Soit 1,1 % de la somme totale. La différence, les 98,9 % restants, a donc été payée par les éleveurs eux-mêmes. Pas par l’État, pas par les consommateurs, pas par les gens qui souhaitent des améliorations sur la question du bien-être animal, pas par les distributeurs : par les éleveurs. Nombre d’entre-eux ont donc eu recours à des emprunts bancaires pour changer tout leur système de cages. « Or, 43 % de ces investissements auront fini d’être remboursés seulement entre 2024 et 2030» explique Yann Nédélec, directeur de la confédération française de l’aviculture, cité par le journal La Croix du 31 mai 2018. Comment dès lors demander aux éleveurs de réaliser un nouvel emprunt pour effectuer de nouveaux travaux pour répondre à une nouvelle demande des consommateurs qui, par ailleurs, changera peut-être encore dans six mois par le truchement d’une vidéo plus ou moins réaliste ? Quand bien même on l’exigerait, aucune banque n’accepterait de prêter de l’argent – et comprenez bien qu’il ne s’agit pas de petites sommes – à des individus ou à des entreprises qui ont déjà un gros prêt à rembourser. Dès lors, s’en prendre aux éleveurs pour demander un nouveau changement immédiat est tout simplement un non-sens.

Si L214, en tant qu’association, bénéficie de dons d’origines plus ou moins transparentes, les éleveurs, qui sont des entrepreneurs, se retrouvent souvent seuls pour faire face aux nouvelles exigences des consommateurs. Ils l’ont déjà maintes fois prouvé : ils ne refusent pas le changement. Mais ils sont éleveurs, pas magiciens : ils ne savent pas faire apparaître les fonds nécessaires aux changements radicaux en claquant des doigts, d’autant que les adaptations auxquelles ils se plient ne leur permettent pas pour autant de bénéficier de meilleurs prix à la vente de leur production, ce qui fragilise et met en danger leurs exploitations. Ce qui est très exactement le but recherché par L214.

On nous objectera sans doute qu’il y a quelque chose de cynique à parler d’argent quand on parle de bien-être animal. Nous répondrons que ce ne sont pas les éleveurs, qui créent les lois du marché : c’est une réalité avec laquelle il faut composer que cela nous et vous plaise ou non. Néanmoins, retenons que les élevages de volailles se sont notoirement améliorés ces dernières années et que les cages sont destinées à disparaître dans les années qui viennent. Nous pouvons donc nous comporter en adultes qui comprennent les enjeux et font preuve d’un peu de patience, ou taper du pied comme des enfants gâtés qui refusent de comprendre que les choses ne peuvent pas se plier à notre volonté immédiate par invocation de « y’a qu’à » et « faut qu’on ».

VU DANS LA PRESSE – 2

WEB-AGRI -> « Recherche animale par fistulation : le groupe Avril et l’Inra répondent aux accusations de l’association L214 », par Arnaud Carpon avec AFP

Dans une nouvelle vidéo, l’association abolitionniste L214 dénonce la pose de hublots sur l’estomac de vaches dans un centre de recherche sarthois du groupe Avril. Le groupe, mais aussi l’Inra, qui utilise ce procédé, justifie son usage pour la recherche animale.

cliquez sur l’image pour lire l’article sur Web-Agri

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