Je me souviens des dimanches soirs de mon enfance : au menu soupe et œufs à la coque. Ma mère me préparait des mouillettes pour tremper dedans avec du beurre et du jambon. Ça reste souvent au menu de mes dimanches soirs et a comme un goût de nostalgie pour moi. DES ŒUFS EXTRA FRAIS, s’il vous plaît, pour tremper les mouillettes !

Extra frais, les œufs le sont chez Steph. Steph, ma voisine de marché du jeudi, dite « HAPPY POULETTE ». Elle propose sur les marchés les œufs plein air extra frais de son élevage de poules pondeuses. « Ohhhhh, t’as d’beaux œufs, tu sais » pourrait-on lui dire. Des gros, des moyens, des petits, pour régaler ses clients. Pour faire à la coque, en omelette, pour pâtisser… Elle prépare son étal, installe sa table, dresse sa nappe aux couleurs catalanes, puis pose son panneau (une poule coquine qui fait de l’œil aux acheteurs). Ensuite, elle sort ses plaques d’œufs triés selon leur poids : petit, moyen, gros.

Ses œufs sont tamponnés avec son numéro d’éleveur 1FR66×××. Le premier chiffre indique si l’œuf provient d’un élevage 0 bio / 1 plein air / 2 batterie / 3 cage. Chez Happy Poulette, les poules sont toutes plein air. Elle a 200 poules, qui sont réparties sur plusieurs poulaillers. Chaque poulailler bénéficie d’un parc, où elles sortent pour gratter. Ben oui, les poules aiment gratter. Souvent, en attendant les premiers clients, nous papotons en sirotant un café. Nous échangeons des recettes. Oh ! pas de cuisine, mais des préparations à base d’huiles essentielles pour soigner nos animaux. Steph utilise les huiles pour déparasiter et soigner. « Y A PAS DE FIPRONIL DANS MES ŒUFS ! » qu’elle clame haut et fort ! Non, pas de ça ! Après le récent scandale des œufs au FIPRONIL, les consommateurs se méfient.

Mais ces pratiques sont celles d’élevages intensifs, cotés 2 ou 3, dans lesquels les poules sont en cage et où la notion de bien-être animal est exclue… Parfois, certains nouveaux clients posent la question à Steph. Celle-ci explique alors, avec sa gouaille de Titi parisien, ses pratiques respectueuses de l’environnement. Ainsi, elle utilise de la terre de diatomée pour déparasiter, des décoctions d’ail pour vermifuger, le chalumeau et la chaux pour désinfecter les poulailler. On peut tremper sa mouillette en toute confiance dans ces œufs-là !

Steph s’est installée en 2013 avec son compagnon. D’abord avec 30 poules : « Quand je n’avais que 30 poules, j’aimais bien m’asseoir dans le poulailler. Les poules venaient me picorer le dos et ça me faisait comme un massage ! Le kif ! » Maintenant, avec 200… c’est un peu plus de travail et un peu moins de massage !

Steph va aux poulaillers deux fois par jour, pour contrôler l’état de ses poules, les nourrir (avec des céréales garanties sans OGM, mais aussi des minéraux, des coquilles d’huître et des végétaux). Elle ramasse les œufs le soir. Son chien, Yoshi, l’attend sagement à l’entrée du poulailler. D’ailleurs Yoshi et les trois autres chiens permettent de tenir les prédateurs à distance, comme les renards, blaireaux et fouines.

Ses 200 poules ne lui permettent pas d’avoir le statut d’exploitant à la MSA (Mutualité Sociale Agricole). Celle-ci n’affilie en tant qu’exploitant qu’à partir de 750 m² de bâtiments !!!!!! Soit 600 à 700 poules. Minimum. Pour être cotisant solidaire, il faut 200m² de bâtiments. Or, Steph a 200 poules et 50 m² de bâtiment… donc pas de statut. Ubuesque ! Sans doute faudrait-il revoir le cas de figure des élevages plein air.

Ohhhh, les premiers clients arrivent, fini le café !

Ça vous dit une omelette aux champignons ? C’est la saison !