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DE BELLES POULES DANS UN BEL ÉLEVAGE

Les éleveurs de poules, y’en a vraiment des super-chouettes.

Mes vieilles poules étant parties en maison de retraite, le coq n’était pas très content, il fallait donc en trouver de nouvelles. Et il se trouve que dans le village d’à côté, un producteur d’œufs bio, plutôt que d’envoyer toutes ses pondeuses en nuggets à l’âge d’un an comme le font tous les éleveurs de pondeuses, préfère les revendre à pas cher à des particuliers. Si une poule d’un an ne pond pas assez régulièrement pour un professionnel, elle pond bien assez pour un poulailler domestique.
Le procédé arrange tout le monde : ces pondeuses coûtent quasiment trois fois moins cher qu’une jeune poule, l’éleveur récupère plus d’argent qu’en les envoyant à l’abattoir et la poule peut continuer à vivre sa vie de poule.

J’ai déjà vu quelques poulaillers professionnels, aucun comme celui-là. Déjà, il n’y a que mille bêtes, et ça n’est vraiment pas beaucoup. Ensuite, elles ont accès à l’extérieur toute l’année. Et surtout, elles ont un parcours boisé, et la poule étant un animal trouillard, elle adore pouvoir se planquer dans les bois à l’abri des buses. Cet éleveur valorise ainsi un terrain dont personne ne voulait et ses poules ne peuvent pas rêver meilleur parcours. Il a tout construit lui-même : des bâtiments légers et mobiles, sur le principe des yourtes pour certaines et sur celui des “tractors” des Américains*, ce qui évite d’épuiser les terres et facilite le travail de nettoyage. Et surtout, il a ainsi pu s’installer sans emprunt. Pour le dire clairement et sans tact, il n’a pas les couilles dans l’étau bancaire et il vit donc décemment de son travail sans avoir besoin de s’agrandir toujours plus.
Il vend toute sa production – 5000 œufs par semaine – sous sa propre marque aux Biocoop de la région, il est correctement rémunéré et ses œufs y sont vendus moins chers que du bio de supermarché. Là encore : tout le monde est gagnant. Il ne fait pas de vente directe parce qu’il n’a pas le temps, qu’il n’en a pas besoin et qu’il n’a pas envie que des gens débarquent chez lui n’importe quand, interrompant son travail.

Je voulais juste deux poules. Il m’a demandé si ça m’embêtait d’en prendre des “moches”, c’est à dire des poules plus déplumées que les autres, parce que personne n’en veut et qu’il est obligé de les tuer. Les plumes, ça repousse, ça ne me gène pas, donc oui, je veux bien prendre des “moches”. Du coup, il m’en a filé trois pour le même prix. Et elles ne sont pas moches du tout. En élevage industriel, oui, les poules sont très déplumées. Là, il leur manque juste quelques plumes, vraiment rien de grave.
Preuve qu’elles ne sont pas si moches, à peine les ai-je lâchées dans mon poulailler que le coq a … ben fait son coq : une petite danse de séduction.
Cette rapide visite m’a semblé fort rassurante : il est donc encore possible de produire de la qualité, dans le respect des bêtes, en envoyant chier les banques, sans assommer les consommateurs et d’en vivre correctement. Il n’y a pour ça que deux conditions indispensables : que des distributeurs jouent le jeu et que les consommateurs suivent. Pour le reste, de jeunes éleveurs prêts à se remuer l’arrière-train, il y en a.

* Si vous vous demandez ce qu’est un “tractor”, le plus simple, c’est de faire des recherches sur la ferme de Joel Salatin.

HAPPY POULETTE

Je me souviens des dimanches soirs de mon enfance : au menu soupe et œufs à la coque. Ma mère me préparait des mouillettes pour tremper dedans avec du beurre et du jambon. Ça reste souvent au menu de mes dimanches soirs et a comme un goût de nostalgie pour moi. DES ŒUFS EXTRA FRAIS, s’il vous plaît, pour tremper les mouillettes !

Extra frais, les œufs le sont chez Steph. Steph, ma voisine de marché du jeudi, dite « HAPPY POULETTE ». Elle propose sur les marchés les œufs plein air extra frais de son élevage de poules pondeuses. « Ohhhhh, t’as d’beaux œufs, tu sais » pourrait-on lui dire. Des gros, des moyens, des petits, pour régaler ses clients. Pour faire à la coque, en omelette, pour pâtisser… Elle prépare son étal, installe sa table, dresse sa nappe aux couleurs catalanes, puis pose son panneau (une poule coquine qui fait de l’œil aux acheteurs). Ensuite, elle sort ses plaques d’œufs triés selon leur poids : petit, moyen, gros.

Ses œufs sont tamponnés avec son numéro d’éleveur 1FR66×××. Le premier chiffre indique si l’œuf provient d’un élevage 0 bio / 1 plein air / 2 batterie / 3 cage. Chez Happy Poulette, les poules sont toutes plein air. Elle a 200 poules, qui sont réparties sur plusieurs poulaillers. Chaque poulailler bénéficie d’un parc, où elles sortent pour gratter. Ben oui, les poules aiment gratter. Souvent, en attendant les premiers clients, nous papotons en sirotant un café. Nous échangeons des recettes. Oh ! pas de cuisine, mais des préparations à base d’huiles essentielles pour soigner nos animaux. Steph utilise les huiles pour déparasiter et soigner. « Y A PAS DE FIPRONIL DANS MES ŒUFS ! » qu’elle clame haut et fort ! Non, pas de ça ! Après le récent scandale des œufs au FIPRONIL, les consommateurs se méfient.

Mais ces pratiques sont celles d’élevages intensifs, cotés 2 ou 3, dans lesquels les poules sont en cage et où la notion de bien-être animal est exclue… Parfois, certains nouveaux clients posent la question à Steph. Celle-ci explique alors, avec sa gouaille de Titi parisien, ses pratiques respectueuses de l’environnement. Ainsi, elle utilise de la terre de diatomée pour déparasiter, des décoctions d’ail pour vermifuger, le chalumeau et la chaux pour désinfecter les poulailler. On peut tremper sa mouillette en toute confiance dans ces œufs-là !

Steph s’est installée en 2013 avec son compagnon. D’abord avec 30 poules : « Quand je n’avais que 30 poules, j’aimais bien m’asseoir dans le poulailler. Les poules venaient me picorer le dos et ça me faisait comme un massage ! Le kif ! » Maintenant, avec 200… c’est un peu plus de travail et un peu moins de massage !

Steph va aux poulaillers deux fois par jour, pour contrôler l’état de ses poules, les nourrir (avec des céréales garanties sans OGM, mais aussi des minéraux, des coquilles d’huître et des végétaux). Elle ramasse les œufs le soir. Son chien, Yoshi, l’attend sagement à l’entrée du poulailler. D’ailleurs Yoshi et les trois autres chiens permettent de tenir les prédateurs à distance, comme les renards, blaireaux et fouines.

Ses 200 poules ne lui permettent pas d’avoir le statut d’exploitant à la MSA (Mutualité Sociale Agricole). Celle-ci n’affilie en tant qu’exploitant qu’à partir de 750 m² de bâtiments !!!!!! Soit 600 à 700 poules. Minimum. Pour être cotisant solidaire, il faut 200m² de bâtiments. Or, Steph a 200 poules et 50 m² de bâtiment… donc pas de statut. Ubuesque ! Sans doute faudrait-il revoir le cas de figure des élevages plein air.

Ohhhh, les premiers clients arrivent, fini le café !

Ça vous dit une omelette aux champignons ? C’est la saison !

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