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CHRONIQUES D’UNE VACHÈRE : LE VIEUX TRACTEUR

Photo presque pas contractuelle

Photo presque contractuelle

Dans cette ferme, personne ne me donne jamais d’ordre. On me dit plutôt “si tu veux bien”. Ça marche, parce que je veux toujours bien. Aujourd’hui, par exemple, le patron m’a dit :
“Si tu veux bien, mets les piquets dans le tracteur vert et va poser une clôture dans la parcelle de Coat-truc.”

Déjà, je ne sais pas où est la parcelle de Coat-truc. On m’a fait un plan, restait à espérer que je ne clôturerai pas la parcelle d’un voisin. Mais ça, ça n’est rien en comparaison du tracteur vert.
Comment vous expliquer le tracteur vert ? L’engin est plus vieux que moi, le vert, il faut le chercher sous la rouille. S’il y a bien les vestiges d’un marche-pied, il n’y a plus vraiment de quoi poser le pied. Du coup, je dois faire de l’escalade pour arriver à la cabine. Pour y entrer, il faut se contorsionner et passer par dessus la pédale d’embrayage qui est très haute. Les freins ne sont plus jumelés. Il faut savoir que sur les tracteurs, il y a une pédale pour freiner à droite et une autre pour freiner à gauche, donc quand on n’a pas besoin de cette fonctionnalité, on attache les deux pédales ensemble. Là, ça n’est pas possible, et si on ne veut pas virer à bâbord en n’appuyant que sur une pédale, il faut trouver le moyen d’appuyer sur les deux en même temps. Sauf que je j’ai pas les pieds assez larges pour ça. Les différents leviers ? De la tringlerie. Mais genre, vraiment. Si vous n’arrivez pas à passer une vitesse, le plus simple, c’est de mettre un grand coup de pied dans le levier. Si si. Ça fait un peu crrrrrrr mais ça passe.


« Et le frein à main ?
– Oh, y’a longtemps qu’il n’y en a plus !
– Mais comment je fais dans un terrain en pente alors ?
– Ben ça dépend : si le tracteur avance, tu descends le godet, et s’il recule, tu descends la dessileuse. »


Et pour faire tout ça, il faut manipuler la tringlerie. A coups de pied.

Finalement, le patron m’a rejointe en voiture dans la pâture, et j’ai bien clôturé la bonne. Il m’a laissée me démerder avec son tracteur mérovingien, et de tout évidence, il s’est bien amusé. Et à vrai dire : moi aussi.

JE VOIS DES PETITS VEAUX PARTOUT

Quand les animalistes veulent vous faire croire que les éleveurs sont des brutes, il y a toujours le même “argument’ qui revient : on sépare les veaux de leurs mères dès la naissance et c’est horrible.

 

Je ne reviendrai pas sur les limites de l’anthropomorphisme, je crois en avoir déjà parlé cent fois. Mais je constate que s’il y a effectivement des élevages où on sépare le veau de la vache dès sa première heure de vie, ça n’est vraiment pas une constante partout. J’ai vu de tout, en réalité : des veaux séparés au bout d’une heure, un, deux ou trois jours, des veaux nourris au lait en poudre, des veaux nourris au biberon ou au seau, des veaux placés en nourrice …

En réalité, chaque éleveur fait en fonction de sa personnalité, de ses observations et de ses infrastructures.

Avec une nouvelle ferme, je découvre encore une nouvelle façon de faire.

Les mâles, qui sont vendus vers un mois, sont laissés avec le troupeau. En théorie, c’est leur mère qui les nourrit, en pratique, si certains tètent exclusivement leur mère, d’autres passent d’un pis à l’autre. Il arrive aussi qu’une mère ne s’occupe pas du tout de son veau : il y en a un comme ça en ce moment, donc je le nourris au biberon avec le lait de sa mère, du coup cette andouille me prend pour sa mère, me suit partout, essaie tantôt de me téter le pantalon, tantôt les manches, et ce matin il a même profité que j’étais penchée en avant pour carrément me choper un sein. Heureusement que la cotte est épaisse. P’tit con. Le gros avantage de ce fonctionnement, c’est que ça met d’excellente humeur le matin de voir des petits veaux courir partout dans l’étable. L’inconvénient, c’est que quand il faut les chopper le jour où l’acheteur vient les chercher, ça vire vite au générique de Benny Hill.

Pour les femelles, la règle fondamentale est : ça dépend. Si tout se passe normalement, les velles restent trois jours avec leur mère. Mais ça peut être moins si la vache ne s’en occupe pas, ça peut aussi être rallongé jusqu’à une semaine si le veau est faiblard, si le vêlage a été difficile, si on n’a pas le cœur à les séparer de suite… Il n’y a pas de règle écrite.

L’autre argument des animalistes, c’est que c’est très très mal de voler le lait des vaches deux fois par jour alors que le lait, c’est pour les veaux. Bon, déjà les veaux sont nourris au lait jusqu’au sevrage. Ensuite, depuis dix jours, on ne trait plus qu’une fois par jour, le matin. Bien sûr, la plupart des éleveurs hurlent que les vaches vont souffrir voire être malades. En réalité, elles ne montrent aucun signe d’inconfort, et les résultats du labo disent qu’elles n’ont aucun problème particulier. La ration alimentaire a été rééquilibrée en fonction, la production quotidienne a chuté d’environ 30% : tout le monde s’adapte et vit fort bien ce changement. En fait, au bout de trois jours, les vaches ont compris qu’il était inutile de se présenter à la salle de traite le soir.
Croyez-en mon expérience qui commence à s’étoffer : ceux qui vous disent que “dans les élevages – on fait comme ci ou comme ça” vous racontent forcément des carabistouilles. Il n’y a vraiment pas de dogmes figés sur les façons de faire. “Ça dépend” reste la seule réponse valable.

DE BELLES POULES DANS UN BEL ÉLEVAGE

Les éleveurs de poules, y’en a vraiment des super-chouettes.

Mes vieilles poules étant parties en maison de retraite, le coq n’était pas très content, il fallait donc en trouver de nouvelles. Et il se trouve que dans le village d’à côté, un producteur d’œufs bio, plutôt que d’envoyer toutes ses pondeuses en nuggets à l’âge d’un an comme le font tous les éleveurs de pondeuses, préfère les revendre à pas cher à des particuliers. Si une poule d’un an ne pond pas assez régulièrement pour un professionnel, elle pond bien assez pour un poulailler domestique.
Le procédé arrange tout le monde : ces pondeuses coûtent quasiment trois fois moins cher qu’une jeune poule, l’éleveur récupère plus d’argent qu’en les envoyant à l’abattoir et la poule peut continuer à vivre sa vie de poule.

J’ai déjà vu quelques poulaillers professionnels, aucun comme celui-là. Déjà, il n’y a que mille bêtes, et ça n’est vraiment pas beaucoup. Ensuite, elles ont accès à l’extérieur toute l’année. Et surtout, elles ont un parcours boisé, et la poule étant un animal trouillard, elle adore pouvoir se planquer dans les bois à l’abri des buses. Cet éleveur valorise ainsi un terrain dont personne ne voulait et ses poules ne peuvent pas rêver meilleur parcours. Il a tout construit lui-même : des bâtiments légers et mobiles, sur le principe des yourtes pour certaines et sur celui des “tractors” des Américains*, ce qui évite d’épuiser les terres et facilite le travail de nettoyage. Et surtout, il a ainsi pu s’installer sans emprunt. Pour le dire clairement et sans tact, il n’a pas les couilles dans l’étau bancaire et il vit donc décemment de son travail sans avoir besoin de s’agrandir toujours plus.
Il vend toute sa production – 5000 œufs par semaine – sous sa propre marque aux Biocoop de la région, il est correctement rémunéré et ses œufs y sont vendus moins chers que du bio de supermarché. Là encore : tout le monde est gagnant. Il ne fait pas de vente directe parce qu’il n’a pas le temps, qu’il n’en a pas besoin et qu’il n’a pas envie que des gens débarquent chez lui n’importe quand, interrompant son travail.

Je voulais juste deux poules. Il m’a demandé si ça m’embêtait d’en prendre des “moches”, c’est à dire des poules plus déplumées que les autres, parce que personne n’en veut et qu’il est obligé de les tuer. Les plumes, ça repousse, ça ne me gène pas, donc oui, je veux bien prendre des “moches”. Du coup, il m’en a filé trois pour le même prix. Et elles ne sont pas moches du tout. En élevage industriel, oui, les poules sont très déplumées. Là, il leur manque juste quelques plumes, vraiment rien de grave.
Preuve qu’elles ne sont pas si moches, à peine les ai-je lâchées dans mon poulailler que le coq a … ben fait son coq : une petite danse de séduction.
Cette rapide visite m’a semblé fort rassurante : il est donc encore possible de produire de la qualité, dans le respect des bêtes, en envoyant chier les banques, sans assommer les consommateurs et d’en vivre correctement. Il n’y a pour ça que deux conditions indispensables : que des distributeurs jouent le jeu et que les consommateurs suivent. Pour le reste, de jeunes éleveurs prêts à se remuer l’arrière-train, il y en a.

* Si vous vous demandez ce qu’est un “tractor”, le plus simple, c’est de faire des recherches sur la ferme de Joel Salatin.

BIEN DANS LEURS SABOTS

Après quatre ans à traîner mes bottes de ferme en ferme, je pensais avoir globalement fait le tour des façons de procéder possibles, mais l’élevage bovin reste un univers toujours plein de surprises et voilà que j’en découvre un nouveau où on fait l’inverse de ce qui se pratique communément sur bien des points. J’ai apprécié mes différentes expériences, mais celle-ci a une saveur particulière, je ne résiste pas à vous présenter ici toutes les raisons pour lesquelles cet élevage en particulier est vite devenu mon préféré.

C’est une grande ferme parce qu’elle a deux activités : vaches allaitantes – vaches à viande, si vous préférez – et vaches laitières. Mais il n’y a qu’une grosse quarantaine de laitières. Je n’interviens pas du tout sur la partie allaitantes de cet élevage, je ne pourrais donc pas vous en dire grand-chose si ce n’est que les Limousines sont très jolies et les veaux pas du tout sauvages. Presque pas assez, d’ailleurs. L’autre jour, je me suis retrouvée nez à museau avec un taurillon qui baguenaudait hors de sa pâture. Bien sûr, j’ai immédiatement appelé le patron pour lui signaler l’affaire, il m’a répondu :
« Ah oui, je vois lequel. Non, mais c’est normal : il commence à être grand, il en a marre de sa mère, alors de temps en temps il va se promener et ensuite il retourne dans les pattes de sa mère, laisse-le, je verrai ça plus tard. »
Soyons clair : c’est ce que j’appelle une réponse non-conforme. Normalement, ça ne marche pas comme ça. Mais mon job ne consiste pas à décider de ce qui est bien ou pas, c’est de faire ce qu’on me demande. J’ai donc laissé le taurillon tranquille, et, de fait, il est retourné à sa place peu de temps après.

Côté élevage laitier, j’ai pu voir beaucoup plus largement comment ça fonctionne et je suis allée de surprise en surprise. Dans la grande majorité des élevages, les choses sont toujours à peu près organisées de la même façon : quand une vache vêle, on emmène le veau aussi vite que possible dans la nursery et la vache rejoint tout de suite le troupeau des laitières pour passer à la traite. Le veau reçoit son lait dans un seau – il faut donc lui apprendre à baisser la tête – et il est sevré vers deux mois. Il commence à avoir du foin et à être en groupe après avoir été sevré. Entendons-nous bien : je ne porte aucun jugement de valeur sur cette façon de fonctionner, tout s’explique, et rien de tout ça ne relève dans l’absolu de la maltraitance. Mais dans cet élevage-là, on ne fait pas du tout comme ça. D’abord, le veau reste 24 heures avec sa mère. Si le vêlage a été difficile, ce délai sera rallongé : la vache est mise quelques jours au repos et quitte à être au repos, on lui laisse son veau, puis on y va progressivement : la vache ne passera d’abord à la traite que le matin, après quoi elle retourne avec son veau. Ça n’est qu’au bout d’une semaine qu’ils seront séparés pour prendre un rythme normal de deux traites par jour. Dans tous les cas, même quand une vache est séparée de son veau, le veau est placé à un endroit où elle peut tout à fait venir le voir, le renifler, le lécher et l’allaiter pendant une semaine. Ensuite le veau passe dans une case individuelle de la nursery, mais le bâtiment est organisé de telle sorte que les vaches gardent un contact visuel avec les veaux jusqu’à leur sevrage complet qui n’intervient qu’entre quatre et six mois, selon les individus.

On m’avait toujours dit que procéder de la sorte créait des séparations plus difficiles et que les veaux sevrés tardivement avaient du mal à perdre le réflexe de téter, et qu’il est compliqué de leur apprendre à baisser la tête pour boire au seau. Je ne peux que constater que si les choses sont faites correctement, c’est absolument faux. Au début, les vaches restent près de la nursery et donc de leurs veaux, mais très vite, elles s’en désintéressent tout à fait et retournent d’elles-mêmes à leur vie de vache en troupeau. Quant aux veaux sevrés tard, je n’en ai vu aucun téter ses comparses. Certes, ils sont sevrés plus vieux et sont nourris au biberon puis au seau à tétine pendant un mois. Mais une fois ce premier mois écoulé, ils ont déjà accès à du foin. Ceux qui élèvent des veaux élevés sous la mère en pâture le savent : les veaux commencent à brouter bien avant d’être sevrés, effectivement, souvent vers un mois. Le foin a un avantage certain : c’est un aliment sec qui donne soif. On leur donne donc en même temps de l’eau tiède, et ils comprennent vite tout seuls qu’il faut baisser le nez pour boire. Dès lors, il n’y a rien de particulier à leur expliquer quand on leur apporte un seau de lait sans tétine.

En fait tout est d’abord pensé non pour le confort de l’éleveur mais bien pour celui des bêtes. Et par effet rebond, c’est aussi beaucoup plus confortable pour les humains.

Le troupeau est vif sans être effrayé. Les vaches ne montrent aucun signe de stress. Elles sont assez distantes avec les humains sans en avoir peur. Les veaux sont d’une simplicité déconcertante à déplacer. On peut isoler une vache du troupeau avec la même extrême simplicité. La production est bonne et de qualité.

Les bâtiments ne sont pas particulièrement récents, rien n’est robotisé et pourtant, c’est bien là que j’ai rencontré le plus grand confort de travail. L’éleveur, quant à lui, n’a rien d’un illuminé. C’est un agriculteur tout ce qu’il y a de plus conventionnel et qui a simplement organisé les choses en fonction de ce qui lui paraissait le mieux pour tout le monde. Il montre une attention soutenue pour ses bêtes et de tout cet ensemble de petites choses, ce qui en ressort est une impression de douceur. Ça fait plaisir pour les vaches, et ça rend le travail extrêmement agréable.

(crédit photo : FranceAgriTwittos)

DES VEAUX ET DES VAUTOURS

Hier, juste avant d’aller bosser, j’ai lu un énième article qui explique que les éleveurs maltraitent les veaux de tout un tas de façons. Je reviendrai plus tard sur le contenu de cet article, pour expliquer – encore – pourquoi ce qui est vu comme de la maltraitance n’en est pas.

En arrivant à la ferme, comme chaque semaine, on a fait un point de situation avec le patron : quelle vache a vêlé, qui doit vêler dans la semaine, qui a fait des bêtises, de quelles natures étaient ces bêtises, où en sont les cultures… Certaines de ces informations me sont indispensables pour faire ma part de boulot, d’autres ne me servent concrètement à rien, mais il me semble impossible de travailler en élevage sans prêter attention à l’ensemble de ce qui le constitue. Techniquement, c’est possible, mais c’est triste. Ce sont des métiers qu’on fait parce qu’on les aime, pas juste pour gagner des sous. Nous avons donc fait le point, et ces jours-ci, il y a eu une triste nouvelle.

Ma copine Melba a vêlé. Le vêlage s’est bien passé et Melba va très bien. Malheureusement, ça n’est pas le cas de son veau, une petite femelle. Normalement, un veau se met rapidement sur ses pattes. C’est une affaire de minutes. Mais ce veau là ne se levait pas. Elle a très vite été transportée au frais, et il a fallu deux personnes pour la nourrir, vu qu’elle ne tenait pas du tout debout. Le lendemain matin, elle était toujours couchée. Le patron n’a pas attendu plus longtemps : il a immédiatement appelé la vétérinaire qui n’a pas traîné et est venue tout de suite. Elle a diagnostiqué un problème intestinal et est intervenue au plus vite : perfusion pour éviter la déshydratation, anti-inflammatoire, antibiotique à large spectre. Mais quelques minutes après l’arrivée de la vétérinaire, le cœur du veau s’est arrêté. La vétérinaire n’a pourtant pas abandonné et a tenté un massage cardiaque. Sans succès. Il était impossible de faire plus ou de faire mieux. Malheureusement, parfois, il n’y a en réalité rien à faire.

Les cyniques ne manqueront pas d’imaginer que tous ces soins n’ont été prodigués que pour des raisons économiques. Dans le monde réel, un éleveur, qui plus est un éleveur qui a quarante ans de métier dans les pattes, sait pertinemment qu’il y a très peu de chances de sauver un nouveau-né qui se porte mal. Comme tous les nouveaux-nés, les veaux de moins de quarante-huit heures sont fragiles. Un éleveur sait également que le coût du traitement sera le même qu’il fonctionne ou pas, et que les tarifs vétérinaires ne sont pas donnés. Non que ça ne le vaille pas, tout le monde doit pouvoir vivre de son boulot. Mais si l’éleveur accepte de payer le vétérinaire avec peu de chances de sauver un veau, ça n’est pas que pour des raisons financières, c’est aussi une question de principe : quand on a la responsabilité d’animaux, ça inclus la responsabilité d’en prendre soin, de s’occuper de leur santé, d’essayer de les sauver, même, parfois – souvent – quand ça peut être un non-sens économique. C’est une question de principe, c’est aussi une question d’honneur.

J’écoutais le patron m’expliquer ce qui s’était passé. Je me disais que son honneur était sauf : il a fait tout ce qu’il pouvait pour sauver le veau de Melba. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser à cet article lu quelques minutes plus tôt mettant une fois de plus en cause l’honneur des éleveurs. Tous ces gens qui font des « enquêtes », tous ces gens qui vendent des articles sur la base de ces « enquêtes » ne sont jamais là pour voir tout ce qui peut être fait au quotidien pour soigner les bêtes, jusqu’à tenter l’impossible, alors même que cet impossible coûte beaucoup d’argent dans un contexte où les productions agricoles leur sont payées à des tarifs parfaitement ridicules. Le travail bien fait ne paie pas, contrairement aux « enquêtes » partisanes et bâclées.

Si un de ces « enquêteurs » était venu après tout ça, il aurait trouvé un petit cadavre de veau. Il l’aurait photographié. Il en aurait conclu que, dans cet élevage, on tue des veaux, ou qu’on les laisse mourir, et le grand public aurait braillé en chœur à l’ignominie. Il n’y a jamais personne pour photographier une vétérinaire qui tente un massage cardiaque. Il n’y a jamais personne pour filmer l’éleveur qui paie la facture. Tels des vautours, ces « enquêteurs » et les médias qui leur donnent la parole n’aiment que les cadavres. Vous me permettrez d’avoir plus de respect pour ceux qui ont le sens de l’honneur.

L’ESTAFETTE DU CHARCUTIER

« Ça vient, ce petit salé ? »

Oui ! Il ne faut pas que tout ceci nous coupe l’appétit, au menu : petit salé aux lentilles…

… sauf que le congélateur est vide ! En effet j’ai pris les derniers morceaux des trois cochons transformés à la ferme il y a deux ans de cela, PIM, PAM, POUM, pour faire des nems. Alors comment faire ? Aller au supermerkat ? BEURK ! Non merci.

« Dans le cochon, tout est bon. »
Oui, mais encore faut-il qu’il soit bien élevé !

photo : XADI

Ben justement, tout à côté de chez moi, au pied du Massif des Albères, il y a un élevage qui s’est créé depuis un an. Des petits cochons roses, élevés en plein air, issus de femelles de la race large white croisée landrace et d’un mâle pietrain pure race. Des petits cochons qui poussent sur le bon terroir catalan ! Grâce aux soins de Xavier et Didier, les petits gars qui ont planté l’étendard de leur élevage sur le casot : il flotte fièrement au vent et on peut l’apercevoir de la route qui mène à la côte catalane.

L’élevage s’appelle XADI, contraction de Xavier et Didier. C’est eux qui vont me fournir de quoi faire mon petit salé.

« Ça vient, ce petit salé ?
– OUI patience !!!!! »

Les petits gars ont pris le temps, eux ! De se former à la découpe auprès de professionnels dans le Cantal, et cela durant plusieurs mois. Ajouté à leur expérience dans la restauration et à leur amour des bons produits : c’est l’équation gagnante !

« J’ai toujours adoré la viande, la charcuterie, faire la cuisine », déclare Xavier.

De leur association et leurs envies est né cet élevage. Et ce ne fut pas chose facile de trouver un site pour accueillir l’élevage : trouver le foncier, convaincre les riverains, débloquer les financements… Mais ils sont là et après les premiers essais, les produits ont pu commencer à être commercialisés !

Et tout ça, c’est du boulot !

L’abattage se fait le lundi. Les carcasses sont récupérées le mardi matin. La transformation se fait le mardi, mercredi, jeudi, vendredi matin et samedi après-midi. Et puis il y a les marchés !!

D’ailleurs zou ! Au marché pour récupérer mes morceaux pour le petit salé.

photo : XADI

Pour les trouver c’est facile, c’est l’estafette rouge et blanche. La classe, cette estafette !… Bon, sauf qu’un jour, elle a perdu une roue en allant au marché…

Mais pas cette fois : Didier est là, tout sourire, barbe bien peignée.

photo : XADI

Y a du choix. Et surtout… Du jambon ! Oui, du jambon ! Et je vous parle du vrai jambon, une recette traditionnelle datant de 1885 ! Sans additifs, sans sels nitrites ni phosphate. LE JAMBON ! Celui qui vous fait prendre conscience que tout ce que vous avez pu manger avant n’était qu’ersatz.

« Ça vient, ce petit salé ?
– Oui, oui, ça vient. »

Pour faire du bon jambon et un bon petit salé, faut des bêtes bien élevées. Et c’est tout le travail de Xavier et Didier. C’est qu’ils y sont bien soignés, ces petits cochons. Ils arrivent à l’élevage à 8 semaines, pesant 25 kilos, en provenance d’une ferme de l’Aveyron qui récolte la « semence » et l’insémine à ses femelles. Ils y grandissent jusqu’à l’âge de 10 mois. Reçoivent un mélange de céréales sans OGM de provenance française (blé, orge, colza) et un complément de fruits et légumes. À l’âge de dix mois, ils pèsent alors entre 150 et 200 kilos et sont conduits à la Catalane d’Abattage, l’abattoir de Perpignan. Ils sont alors récupérés par XADI.

Des petits cochons, une centaine pour le moment avec un objectif de 120 cochons engraissés par an à terme, bien à l’aise sur 8,5 hectares. Ils sont à 20 par enclos et bénéficient d’un parc pour grommeler, gratter, se rouler… et parfois pour s’échapper et faire une razzia sur le stock de céréales ; pour faire leurs trucs cochons quoi !

photo : XADI

Et pour s’abriter, de belle cabanes en bois. Dont le toit est assemblé selon une méthode japonaise ancestrale. Les planches en pin sont brûlées juste ce qu’il faut pour former une croûte, qui est ensuite grattée. Les planches rendues ainsi imperméables sont ensuite assemblées en toit.

 

« Ça vient, ce petit salé ?
– OUI, ça vient ! »

Bon, je vous laisse, je prends mon panier et je rentre pour faire mijoter ce petit salé !

photo : XADI

Tout de même, elle a de la gueule l’estafette du charcutier !

HAPPY POULETTE

Je me souviens des dimanches soirs de mon enfance : au menu soupe et œufs à la coque. Ma mère me préparait des mouillettes pour tremper dedans avec du beurre et du jambon. Ça reste souvent au menu de mes dimanches soirs et a comme un goût de nostalgie pour moi. DES ŒUFS EXTRA FRAIS, s’il vous plaît, pour tremper les mouillettes !

Extra frais, les œufs le sont chez Steph. Steph, ma voisine de marché du jeudi, dite « HAPPY POULETTE ». Elle propose sur les marchés les œufs plein air extra frais de son élevage de poules pondeuses. « Ohhhhh, t’as d’beaux œufs, tu sais » pourrait-on lui dire. Des gros, des moyens, des petits, pour régaler ses clients. Pour faire à la coque, en omelette, pour pâtisser… Elle prépare son étal, installe sa table, dresse sa nappe aux couleurs catalanes, puis pose son panneau (une poule coquine qui fait de l’œil aux acheteurs). Ensuite, elle sort ses plaques d’œufs triés selon leur poids : petit, moyen, gros.

Ses œufs sont tamponnés avec son numéro d’éleveur 1FR66×××. Le premier chiffre indique si l’œuf provient d’un élevage 0 bio / 1 plein air / 2 batterie / 3 cage. Chez Happy Poulette, les poules sont toutes plein air. Elle a 200 poules, qui sont réparties sur plusieurs poulaillers. Chaque poulailler bénéficie d’un parc, où elles sortent pour gratter. Ben oui, les poules aiment gratter. Souvent, en attendant les premiers clients, nous papotons en sirotant un café. Nous échangeons des recettes. Oh ! pas de cuisine, mais des préparations à base d’huiles essentielles pour soigner nos animaux. Steph utilise les huiles pour déparasiter et soigner. « Y A PAS DE FIPRONIL DANS MES ŒUFS ! » qu’elle clame haut et fort ! Non, pas de ça ! Après le récent scandale des œufs au FIPRONIL, les consommateurs se méfient.

Mais ces pratiques sont celles d’élevages intensifs, cotés 2 ou 3, dans lesquels les poules sont en cage et où la notion de bien-être animal est exclue… Parfois, certains nouveaux clients posent la question à Steph. Celle-ci explique alors, avec sa gouaille de Titi parisien, ses pratiques respectueuses de l’environnement. Ainsi, elle utilise de la terre de diatomée pour déparasiter, des décoctions d’ail pour vermifuger, le chalumeau et la chaux pour désinfecter les poulailler. On peut tremper sa mouillette en toute confiance dans ces œufs-là !

Steph s’est installée en 2013 avec son compagnon. D’abord avec 30 poules : « Quand je n’avais que 30 poules, j’aimais bien m’asseoir dans le poulailler. Les poules venaient me picorer le dos et ça me faisait comme un massage ! Le kif ! » Maintenant, avec 200… c’est un peu plus de travail et un peu moins de massage !

Steph va aux poulaillers deux fois par jour, pour contrôler l’état de ses poules, les nourrir (avec des céréales garanties sans OGM, mais aussi des minéraux, des coquilles d’huître et des végétaux). Elle ramasse les œufs le soir. Son chien, Yoshi, l’attend sagement à l’entrée du poulailler. D’ailleurs Yoshi et les trois autres chiens permettent de tenir les prédateurs à distance, comme les renards, blaireaux et fouines.

Ses 200 poules ne lui permettent pas d’avoir le statut d’exploitant à la MSA (Mutualité Sociale Agricole). Celle-ci n’affilie en tant qu’exploitant qu’à partir de 750 m² de bâtiments !!!!!! Soit 600 à 700 poules. Minimum. Pour être cotisant solidaire, il faut 200m² de bâtiments. Or, Steph a 200 poules et 50 m² de bâtiment… donc pas de statut. Ubuesque ! Sans doute faudrait-il revoir le cas de figure des élevages plein air.

Ohhhh, les premiers clients arrivent, fini le café !

Ça vous dit une omelette aux champignons ? C’est la saison !

POURQUOI LES PETITS ÉLEVAGES PORCINS BIO NE CONNAISSENT NI LA CRISE NI L’ENDETTEMENT

Un article fort intéressant dans BastaMag (de novembre 2015) sur une expérience individuelle qui tend à prouver que la production industrielle de masse n’est pas inéluctable :

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