Lorsque la patronne attelle la remorque-bétaillère au tank, ça n’est jamais bon signe. Les copines qui y montent… ne reviennent pas.

J’observe la patronne depuis quelques jours : elle s’agite, plaque la paume de sa main sur le front et se frotte.

« Trop de bêtes, pas assez de place, blablabla. »

Elle a téléphoné pour dire que : « Huit seraient du convoi. » C’était la semaine dernière. Puis elle a téléphoné à nouveau il y a quatre jours :

« Finalement, six seulement. »

Six quoi ?

Ce matin, elle est de nouveau agitée. V’là qu’elle arpente la bergerie de long en large. Elle marmonne :

« Non pas Inès, pas Nenès… Non ! »

En début d’après-midi, re-téléphone : « Quatre seulement. »

Elle attelle la remorque et se dirige vers le parc. Revient avec Harlem (je l’aime bien avec ses pis comme des cacahuètes, la patronne l’appelle « la mère pisse trois gouttes »), Hermès (estropiée par un renard, elle n’ a qu’une seule mamelle, mais qu’elle est belle avec ses pampilles !), Hooligan (quelle peau de vache celle-ci ! Et quel mauvais goût ! Elle n’a d’yeux que pour ce dadet de Hélios) et Rebecca (demi-portion de chèvre qui ressemble à une chèvre naine qui aurait rétréci au lavage).

Patronne reste plantée là avec les copines autour d’elle. Que peut elle attendre ainsi ?

« Peux pas… Peux pas… »

Finalement elle décroche la remorque et téléphone une nouvelle fois :

« Salut. Finalement, pas de réforme. M’attends pas, charge. À plus. »

Patronne gratte le front de Hermès et lui dit :

« Casse-toi, pelle à tarte ! Et MERCI ? Ça t’écorcherait le gosier ? DE RIEN, espèce de carnes ! Je le paierai. Ou pas. Rentabilité de mes fesses ! »